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Côte d’Ivoire/Roger Bango (styliste-costumier consultant) : « A travers ma Fondation, l'idée est de pouvoir lutter contre le chômage »

Styliste, costumier consultant, Prix d'Excellence du Meilleur Artisan 2022, Prix d'Excellence 2019, patron de Korha Création, président de la Fondation Roger Bango, coach formateur, Roger Bango est un nom qui compte dans l'univers de la mode en Côte d'Ivoire et au-delà des frontières ivoiriennes. Le styliste entend faire de la mode ivoirienne une industrie incontournable. Dans cet entretien, le promoteur de Etanhi Fashion Days Festival et Grand Prix International PADEL 2022 se prononce sur sa vision de la mode ivoirienne, sa fondation et son entreprise.

Comment vous est venu l’envie de vous lancer dans la mode ?

Je pourrais dire que c’est ma mère qui m'a amené à la mode. C’est elle qui m’a montré le chemin de la couture. Ma mère était une couturière. A l’époque, je me plaisais à bricoler mais ce n’était vraiment pas un métier que j’envisageais dans ma vie. Malheureusement, après la classe de troisième, mes parents ont commencé à avoir des difficultés. Et par coïncidence, cette année-là, il y a eu une année blanche. Ma mère ne voulait pas que je reste à la maison à ne rien faire. Surtout que, c’est une femme dynamique et travailleuse. Aussi, chez nous il n’y avait pas de travaille exclusif pour femme ou pour homme, tout le monde faisait les mêmes tâches. A l’époque, il n’était pas donné à tout le monde de vivre aux 220 Logements à Adjamé. Alors, elle ne voulait pas me voir dans la précarité. En voulant me voir occuper, elle m’a conduit chez une dame, madame Fofana Tagaly, pour apprendre véritablement la couture. Cette dame est finalement devenue une seconde mère. C’est elle qui m’a encouragé à rester dans la mode. 

Qu’est-ce qui s’est passé par la suite ?

Je me cachais de mes amis, car je ne pouvais pas leur dire que je suis couturier, puisque c’était considéré comme un sot métier à cette époque où le mouvement rap était très en vogue. En ce moment, j’étais DJ de platine et j’allais en boîte de nuit chaque jour. Comprenez donc que je me cachais pour aller apprendre la couture. Au final, j’ai décidé de ne pas jouer à ce double jeu avec moi-même. J’ai donc décidé de m’installer. Quand mes amis voulaient en savoir plus sur mes activités, je leur disais que j’avais un pressing. On imagine que ça n’a pas été facile...Entre temps, mon père ne bossait plus, ma mère non plus. Et ma sœur qui était prête à m’aider à m’installer est tombée malade. Elle a piqué une crise de méningite. J’ai dû me lancer tout seul. J’ai loué une machine que je possède aujourd’hui. Il faut dire que j’avais déjà le don car la couture, je l’ai pas vraiment apprise. Bien que je n’aie pas fait trois mois chez madame Fofana, je pouvais concevoir une jupe. Les pires moments !Aujourd’hui, j’ai compris que l’entrave c’est nous-mêmes et personne d’autre. J'ai eu pas mal de difficultés pour assumer ce que je faisais et j’ai eu du mal à impliquer les autres dans mon projet. Je pense que ça a été l’une des choses qui ont fait que j’ai marché seul. Sinon, je pense que si depuis le départ j’avais assumé et compris que c’était un métier porteur, un métier qui pouvait créer tous ces emplois aujourd’hui, j’aurais impliqué toute ma famille. Je n'ai pas assumé, parce que je n’avais personne sur qui compter. 

Qui sont vos modèles dans le monde de la mode ?

Mon premier modèle, c’est Jean Kevin, le créateur de Jean. Par lui, j’ai compris qu'il y avait beaucoup à gagner. Au-delà de l’argent, la notoriété et énormément de choses. Je connaissais Gilles Touré, Pathé’o et bien d’autres, mais je ne connaissais pas leur vie. Sinon aujourd’hui ils me donnent beaucoup de conseils.

Vous employez une soixantaine de personnes, qu’est-ce que cela vous rapporte en termes de chiffre d'affaires ?

Une centaine de millions ! Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique qui consiste à servir d’exemple et créer une entreprise pérenne. Une entreprise qui ne dépend pas d’un individu. De ce fait, on a besoin d’énormément d’organisation. Créateur d’intérêt public, pourvoyeur d’emplois.

Dites-nous comment se passent vos formations ?

A travers ma Fondation Roger Bango, l'idée est de pouvoir lutter contre le chômage. Pour ce faire, il faut forcément la formation. Donc, j’essaie de partager l’expérience que j’ai, mais également je motive ceux qui sont de mon association à aider les jeunes qui sont dans la mode à s’insérer dans notre procédure de fabrication ou encore à booster ceux qui y sont déjà. J’essaie de leur apprendre que la mode nourrit son homme à travers les emplois. Tout ceci a pour objectif d’absorber le chômage.

Quels sont vos projets avec les autres stylistes ?

J’ai des projets avec les membres de mon association. Nous voulons créer une production communautaire pour mutualiser nos forces. Notre vision est simple. Elle consiste à mettre le business au centre de nos activités. Cela commence par trouver des gens qui vont nous aider à valoriser ce qu’on fait et à mieux le vendre. Il y a de très bons stylistes et couturiers en Côte d’Ivoire, mais nous devons juste nous mettre au travail. Car la question est de savoir comment on implémente chez nous. Il faut que les jeunes aient une vision.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur: OM

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