Malika Diarrassouba, Une ex migrante, en marge des activités de l’Unesco sur la lutte contre la migration irrégulière qui s’est tenue du 4 au 6 décembre 2020 à la Fondation Félix Houphouët Boigny de Yamoussoukro, dans une interview exclusive accordée à LDA, la jeune dame dans un témoignage poignant se prononce sur les dangers de la migration irrégulière et de sensibiliser par ailleurs, les potentiels candidats.
LDA : D’où est venue l’idée pour vous d’aller à l’aventure ?
MD : Cette envie d’aller à aventure parce que je cherchais un financement pour mon projet. En effet, je travaillais dans le milieu agricole notamment le secteur du cacao et l’anacarde avec un groupe de filles. Avec tout le travail que nous abattions, il était impossible pour nous de vivre décemment de ce travail et même avoir des financements des établissements financiers. Etant natif de la ville de Daloa, des copine à nous, nous ont motivés à rencontrer les réseaux de voyage pour aller à l’aventure. Mais, c’était pour aller faire cinq ans et revenir investir dans l’agriculture.
LDA : Quels sont les dangers liés à l’immigration ?
MD : Les dangers sont nombreux. Et nous ne pouvons pas tous les énumérer. Etant une jeune qui décide de faire l’aventure dans le sahel en passant par le Niger, on peut être violée, volée, rencontrer les trafiquants d’organes humains. Et même mourir à tout instant vu les conditions difficiles de la traversée du désert.
LDA : Peux-tu décrire des scènes qui t’ont marquées durant ton aventure ?
MD : Il y’a plusieurs scènes. Avec ma taille (ndlr très grande de taille), j’ai été mise dans le coffre d’un véhicule jusqu’à mon arrivée en mer. Lors de ma première traversée en méditerranée, nous étions 100 personnes dans le zodiaque et il a chaviré. Le moteur s’est cassé entre la Tunisie et la Lybie. Entre temps, j’ai vu d’autres passagers se debattrent dans l’eau. Car en difficulté. Pendant ce moment, j’ai commencé à implorer Dieu de me sauver de cette situation. Et que la mort me prenne sur la terre ferme. Une autre scène qui m’a affecté fut le décès de ma sœur. Avec elle, nous avons entrepris beaucoup de projets si une fois nous arrivons à rentrer en Italie. Hélas, elle n’a pas pu supporter la traversée. et elle est décédée. Une autre scène fut le décès d’une mère sur le zodiaque avec son enfant de cinq ans. J’ai vu des zodiaques coulés. J’ai même été kidnappée.
LDA : Comment s’est organisé ton retour en Côte d’Ivoire ?
MD : Après tout ça, j’ai voulu revenir au pays. Mais, il était impossible de revenir. Car les passeurs ont vos passeports en leur possession. Pour eux, soit tu fais forcement la traversée ou tu meurs en Lybie. Malgré le désespoir, ces passeurs parfois de nationalité ivoirienne t’encouragent à faire la traversée pour avoir plus d’argent. Ils s’arrangent à endommager les bateaux de fortunes pour vous soutirer plus d’argent. Les femmes sont les plus vulnérables car avec elles coûtent chères. Avec un bateau gâté, nous avons ramé jusqu’au bord de l’eau. Etant sur terre, nous avons été capturés par des gardes qui nous ont mis dans les cellules. Là-bas, nous avons reçu la visite des agents de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) qui nous apportaient de la nourriture. Etant là-bas, j’ai commencé à aider les infirmiers qui étaient en charge des personnes. Avec plusieurs nationalités réunies, on m’appelait Maimouna OIM. Avec l’intention de retourner en Côte d’Ivoire, j’ai commencé à me renseigner pour mon retour. C’est dans cette condition que j’ai eu le contact du consulat ivoirien avec lequel nous avions planifié le retour via le téléphone après plusieurs mois d’attente. Nous avons regagné Tripoli grâce à l’OIM pour regagner ensuite le pays.
LDA : Depuis votre retour, comment évolues-tu ?
MD : J’ai eu plus de chance à mon retour. Deux jours après mon arrivée, je me suis rendu au siège de l’OIM d’Abidjan et j’ai découvert un projet dans le secteur de l’agriculture financé par l’OIM. Je me suis inscrit et j’ai bénéficié de formation dans le domaine du cacao, palmier à huile, banane etc... A partir de cette formation, nous, avec d’autres ex migrants, avons pu produire et vendre nos produits et faire des bénéfices. Mais avec l’avènement de la covid-19, nous avons eu du mal à vendre nos récoltes. Pour ne pas rester oisifs et perdre notre capital, nous nous sommes lancés dans l’élevage du poulet. En dehors de ce projet, l’Etat de Côte d’Ivoire à envoyé 150 migrants de retour dans une école de formation dont j’ai eu la chance d’être parmi les formateurs. Nous avons la charge en tant que ex-migrant de former les nouveaux arrivants.
LDA : Aujourd’hui, vous êtes aux côtés de l’Unesco, quelle relation entretenez-vous avec institution ?
MD : Cette structure à une place prépondérante. Elle sensibilise la jeunesse sur les dangers liés à la migration régulière. Nous, ex-migrant, avec cette structure, nous sensibilisons sur les dangers de ce fléau. Ne disposant pas de moyens financiers, avec le concours de l’UNESCO, les activités sont plus visibles et touchent beaucoup de personnes.
LDA : Quel message pouvez-vous lancer à l’endroit des potentiels candidats à la migration irrégulière ?
MD : L’aventure est une bonne chose car elle éduque et permet d’acquérir des expériences de la vie. Mais, il faut voyager de façon régulière, dans de bonnes conditions et avoir plus d’informations avant d’entreprendre un voyage. Pour freiner ce fléau, il faut que le gouvernement finance les projets de la jeunesse et faire la promotion de l’entreprenariat. Quant à l’UNESCO, elle doit accentuer sa sensibilisation, travailler avec les ex-migrants pour élaborer des stratégies pour lutter contre ce fléau.
Entretien réalisé par Mohamed Compaoré
Auteur: LDA Journaliste