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Interview / SEM Yonca Özçeri, Ambassadrice de Turquie : « La Côte d’Ivoire est notre priorité en Afrique en matière d’échange commerciale » Featured

L’Ambassadrice de la Turquie en Côte d’Ivoire, SEM Yonca Özçeri, dans une interview exclusive accordée à « La Diplomatique d’Abidjan (LDA) » se prononce sur l’actualité internationale du moment. Non sans oublier de faire le point de la coopération bilatérale entre Ankara et Abidjan. Surtout que la Côte d’Ivoire va élire son prochain président le 31 Octobre 2020 prochain.

LDA : Le parquet turque a requis 1900 ans d’emprisonnement à l’encontre de Fetullah Gülen en tant que suspect numéro 1 du putsch manqué du 15 juillet 2016 dans votre pays faisant déjà 251 morts et des milliers de blessés. Excellence l’extradition de Fetullah Gülen des Etats-Unis vers la Turquie. Où en est-on avec le dossier ?

SEM : Cette personne est le chef de file d'une organisation clandestine, criminelle et terroriste appelée FETÖ. Avec la tentative de putsch, son but était d'usurper le pouvoir et de mettre en place un régime totalitaire d'abord en Turquie, puis dans d'autres pays où le FETÖ est actif. À cette fin, en Turquie, il a utilisé de nombreuses méthodes et instruments pervers. Son organisation avait implanté ses partisans dans l'armée, la police, la justice, la santé et de nombreuses autres institutions publiques au fil des ans. Pour financer ses activités, il a mis en place des entités écrans, notamment dans les secteurs de l'éducation, des médias, du commerce et de la banque. Son organisation sale avait également eu recours à de nombreuses activités illégales, notamment le blanchiment d'argent, l'infiltration de postes critiques de l'État en trichant lors d'examens, des écoutes téléphoniques illégales, la fabrication de preuves, des arrestations illégales, l'intimidation et au chantage d'une large fraction de la société turque.

LDA : Pouvez-vous revenir sur le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016 ?

SEM : Ses partisans dans l'armée et la police, sous son ordre direct, ont tenté un coup d'État terroriste dans mon pays le 15 juillet 2016. Mais le peuple turc s'est précipité dans la rue et a défendu sa démocratie. Le bilan a fait état de 251 morts et plus de 2000 blessés. Immédiatement après le coup d'État manqué, en tant qu'Etat de droit, la Turquie a à travers son système judiciaire, lancé des milliers d'enquêtes et de poursuites concernant les activités illégales des membres de ce syndicat de crime. Toutes les enquêtes, poursuites et procès en cours et finalisés ont montré que Fetullah Gülen est le chef de file de l'organisation terroriste armée FETÖ et le cerveau de la tentative de coup d'État. Au fur et à mesure que ses nombreux crimes graves ont été établis par des tribunaux indépendants, les peines qui lui ont été infligées se sont naturellement accumulées. Conformément à la demande d'extradition, les autorités turques ont remis aux autorités américaines tous les dossiers pertinents et des preuves claires sur les activités illégales et le réseau clandestin du FETÖ. La Turquie a soumis sa demande d'extradition au chef de file Fetullah Gülen et nous suivons de près le dossier.

Il convient de souligner qu'outre la Turquie, FETÖ est présent dans environ 160 pays, avec des milliers d'écoles, d'entreprises, d'ONG et de maisons de presse. Leur modus operandi est le même partout dans le monde. Dans la mesure où ils visent à infiltrer et à élargir leur influence économique et politique mondiale, ils constituent une menace directe pour la sécurité de tout pays où ils opèrent.

 LDA : Excellence, votre pays envisage d’intégrer l’Union Européenne. Où en est-on avec ce dossier ?

 SEM : L'idée de l'intégration européenne a apporté la paix, la stabilité et la prospérité en Europe après de longues années de guerres et de conflits. La Turquie a été très favorable à cette initiative et a signé un accord d’association avec l’UE dès 1963. L’éligibilité de la Turquie à l’adhésion a été reconnue et les négociations formelles pour son adhésion ont commencé. Cependant, en conséquence d’un ensemble complexe de raisons, le processus d’adhésion de la Turquie à l’UE a été retardé. La Turquie considère toujours son processus d'adhésion à l'UE comme une priorité stratégique et comme le chaînon manquant de l'intégration européenne. Nous attendons de l'UE qu'elle adopte une attitude juste envers la Turquie, comme elle le fait envers les autres pays candidats. Cependant, nous continuons à faire face à des obstacles politiques dans le processus de négociation technique. Jusqu'à présent, l'UE a préféré fermer les yeux à certains membres de l'UE d'abuser de leur adhésion en important leurs problèmes bilatéraux avec la Turquie dans l'Union. La Turquie a toujours fait partie de l'Europe historiquement, géographiquement, politiquement, économiquement et au sens social et culturel. Plus de 50% de ses échanges se font avec l'UE. Des centaines de milliers de Turcs vivent dans les pays de l'UE. Il fait partie de diverses institutions euro-atlantiques telles que le Conseil de l'Europe, l'OTAN, l'OCDE et l'OSCE. Il continuera à contribuer à l'Europe à l’avenir dans tous les domaines et à contribuer à faire avancer le projet européen et contribuer aux réponses face aux défis auxquels l'UE doit faire face, tels que la xénophobie, les migrations et les fluctuations économiques déclenchées par la dernière crise mondiale du covid-19. Malgré les difficultés et les défis dans nos relations, notre coopération éprouvée dans divers domaines, notamment le commerce, les migrations, la lutte contre le terrorisme, l'énergie, la sécurité et la défense, est importante pour la géographie européenne au sens large.

LDA : Aujourd’hui, votre pays, la Turquie est engagée en Syrie, en Libye et en méditerranée orientale où il est opposé à la France. Qu’est-ce que fait courir votre pays ?

SEM : L'engagement turc en Syrie, en Libye et en Méditerranée orientale sont des questions distinctes et doivent être analysés en conséquence. Lorsque la Syrie est tombée dans un conflit à grande échelle en 2011, la situation humanitaire et sécuritaire qu'elle a provoquée a profondément affecté toute la région. En tant que pays voisin partageant une frontière terrestre de 900 km avec la Syrie, la Turquie a été confrontée à de graves défis politiques, sécuritaires et humanitaires découlant de la guerre et de l'instabilité en Syrie. La Turquie accueille actuellement 3,6 millions de personnes déplacées de Syrie. Nous travaillons également sans relâche pour contrer les menaces terroristes émanant du sol syrien où DAESH, PKK / YPG et d'autres groupes extrémistes se sont abrités. Afin de contrer ces menaces terroristes, la Turquie a d'abord rejoint la Coalition mondiale pour lutter contre DAESH. Pour mettre fin aux menaces persistantes, il a également été contraint de mener trois opérations antiterroristes sur le territoire syrien. Ces opérations poursuivaient principalement deux objectifs : débarrasser la zone des éléments terroristes et créer une zone de sécurité offrant aux syriens déplacés la possibilité de retourner volontairement dans leur pays. Toutes les opérations ont été menées conformément au droit de légitime défense et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité sur la lutte contre le terrorisme. Depuis le début du conflit en Syrie, la Turquie a participé activement à toutes les initiatives internationales visant à trouver une solution pacifique au conflit sur la base des paramètres de l'ONU. Elle continuera de le faire. En ce qui concerne la Libye, il convient de rappeler que nous sommes actuellement dans ce pays à l’invitation du Gouvernement d’Union National (GUN) de Libye, officiellement reconnu par l’ONU. Ce gouvernement a été menacé par Haftar et ses hommes armés, dont l'objectif déclaré était de conquérir la capitale et de diriger militairement le pays. Lorsque Haftar était dans la banlieue de Tripoli, le GUN a demandé l'assistance de la Turquie. Cette assistance est basée sur un accord bilatéral. Nous avons empêché une attaque majeure contre la capitale libyenne qui aurait été très sanglante et causerait encore plus de réfugiés en Europe. En ce concerne la question de la Méditerranée orientale, la Turquie réagit aux violations de ses droits ainsi que des droits des Chypriotes turcs dans la région. Les objectifs de la Turquie en Méditerranée orientale sont clairs: délimitation juste et équitable des frontières maritimes, protection de nos droits sur le plateau continental contre les revendications maximalistes et excessives de frontières maritimes, protection de l'égalité des droits des Chypriotes turcs sur les ressources off-shore (ressources en hydrocarbures) de la île de Chypre par la mise en place d'un mécanisme de partage équitable des revenus et la création de mécanismes de coopération énergétique off-shore authentiques, inclusifs, justes et équitables avec la participation de toutes les parties, y compris celle des Chypriotes turcs.

PHOTO AMBASSADEUR TURQUIE BON

LDA : Pensez-vous que votre pays  est écouté malgré tous ces efforts ?

SEM : Malgré nos appels à un dialogue compréhensif, les Grecs et les Chypriotes grecs ont pris de nombreuses mesures unilatérales au mépris de nos droits depuis 2003, telles que la signature d'accords de délimitation avec d'autres États côtiers, la réalisation d'études sismiques et d’activités de forage, le pionnier du Forum du gaz East Med tout en excluant la Turquie, État qui a des plus longues côtes de la région. Et imposant des revendications maritimes illicites maximalistes. Ils sont même allés jusqu'à impliquer des pays tiers. La Turquie a attendu pendant des années avant de répondre aux violations continues du droit international et à la conduite diplomatique de la Grèce et des Chypriotes grecs. En tant qu'État souverain, nous prenons maintenant les mesures nécessaires pour protéger nos droits, car nous avons vu que notre voisin, la Grèce, recherche l’intensification du conflit plutôt que la diplomatie directe et le dialogue de bonne foi. Pendant des années, la Turquie a agi conformément au droit international, recherchant toujours un dialogue et une diplomatie inclusifs. Conformément à cette politique dans chaque domaine de préoccupation, la Turquie maintient toujours son dialogue avec les acteurs concernés.

LDA : Quelle est la position de la Turquie dans le conflit opposant l’Azerbaïdjan à l’Arménie par rapport aux sécessionnistes ?

SEM : En 1992, une guerre éclate entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan en raison du statut d'enclave, à savoir le Haut-Karabakh, dans les territoires azerbaïdjanais. Depuis lors, en plus de cette enclave, l’Arménie a conquis puis occupé un territoire supplémentaire à l’intérieur du territoire azerbaïdjanais. En raison de cette occupation, près d'un million d'Azéris ont été déplacés depuis près de trois décennies. Il existe quatre résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU appelant au retrait immédiat, complet et inconditionnel des forces arméniennes des territoires azéris occupés. Une organisation européenne, l'OSCE, a été impliquée dans la médiation pour trouver une résolution pacifique à ce conflit pendant plus de 25 ans. À cette fin, un groupe appelé Groupe de Minsk au sein de l’OSCE, co-présidée par la France, les États-Unis et la Russie, mais dont la Turquie est membre, a été créé. Cependant, aucun résultat concret des efforts de médiation n’a été obtenu. L’Arménie a joué contre la communauté internationale pour perpétuer son occupation. En juillet puis en septembre 2020, l'Arménie a lancé un bombardement intense à l'arme lourde contre les positions de l'armée azerbaïdjanaise et les zones résidentielles civiles en violation du cessez-le-feu le long de la ligne de contact dans la région du Haut-Karabakh. L'Azerbaïdjan utilise son droit de légitime défense pour protéger son peuple et son intégrité territoriale. La Turquie soutient pleinement l’Azerbaïdjan dans ce processus. Notre soutien découle non seulement de la relation spéciale entre les deux pays, mais aussi parce que l'Azerbaïdjan est dans son droit et cela a été officiellement confirmée par le droit international. La Turquie a toujours œuvré pour un règlement négocié du conflit du Haut-Karabakh sur la base de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan et du droit international. La Turquie souhaite que les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et les décisions pertinentes de l'OSCE soient mises en œuvre pour la paix et la stabilité dans la région. La Turquie soutient pleinement l'Azerbaïdjan avec une solidarité inébranlable dans ce processus et encourage la communauté internationale, en particulier les coprésidents du groupe de Minsk, à ne plus permettre que les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'OSCE soient dégradées et à exercer des pressions sur l'Arménie d'une manière qui l'inciterait à des négociations significatives et globales.

LDA : La France hausse le ton contre les déclarations du président Erdogan sur cette crise. Quel commentaire ?

SEM : Comme je l'ai indiqué, la Turquie soutient l'Azerbaïdjan non seulement sur la base de nos liens spéciaux mais également en raison du fait que l'Azerbaïdjan est du bon côté du droit international. Les coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, dont la France, sont chargés de la résolution pacifique de ce conflit depuis plus de 25 ans. L’Arménie, qui souhaite préserver le statu quo et consolider son occupation, a tout fait pour saboter les négociations sous les auspices du Groupe de Minsk. Par conséquent, au lieu de critiquer la Turquie qui se tient aux côtés de la victime de l'agression, l'Arménie, qui est l'agresseur, devrait être mise sous pression pour reprendre des négociations sincères et axées sur des résultats. Rester neutre et à équidistance des deux côtés, sans tenir compte de l'occupant n'est pas une attitude saine. C'est plutôt récompenser l'agresseur, c'est-à-dire l'Arménie. La Turquie est ouverte au dialogue à tout moment dans le respect du principe du respect mutuel, mais elle a également le droit légitime de réagir chaque fois qu’elle est directement visée.

LDA : Quelle sortie de crise préconisez-vous à ce conflit ?

SEM : La Turquie a toujours soutenu un règlement négocié de ce différend. Le groupe de Minsk et les coprésidents doivent jouer un rôle plus actif et plus efficace. Ils devraient faire pression sur l'Arménie pour des discussions sincères et axées sur des résultats. Comme l’ont appelé de nombreux tiers, un cessez-le-feu immédiat est un premier pas important. Cependant, un autre cessez-le-feu dans ce conflit de longue date ne peut être l’objectif en soi. La fin de l'occupation doit être acceptée comme point de départ, sinon il y aura d'autres éruptions de violence à l'avenir. Cette fois, les négociations devraient se concentrer sur un règlement fondé sur les résolutions du CSNU (Conseil de Sécurité des Nations-Unies) et les principes de l'OSCE. C’est le seul moyen d’instaurer une paix et une stabilité durables dans le Caucase du Sud.

 LDA : Actualité oblige, la Turquie est un bon exemple dans la gestion de la pandémie à Coronavirus. Quelle est votre recette ? Votre pays est-il disposé à un partage d’expérience avec la Côte d’Ivoire ?

SEM : Le premier cas de Covid-19 en Turquie a été diagnostiqué le 10 mars 2020. Immédiatement, un conseil scientifique, composé d'experts, c'est-à-dire de médecins et de responsables de la santé, a été mis en place afin de donner des recommandations politiques au gouvernement dans ses efforts de gestion de la crise de la santé. Toutes les mesures politiques dans la gestion des pandémies ont été prises conformément aux consignes de ce conseil. Depuis le début, la Turquie s'est efforcée de trouver un juste équilibre avec une bonne gestion de la crise sanitaire tout en minimisant ses effets négatifs sur les activités économiques. Une vaste campagne de sensibilisation a été menée pour le confinement, l'hygiène et l'éloignement physique. Les secteurs public et privé ainsi que les écoles ont modifié le schéma de travail numérique. Entre-temps, la Turquie a élargi sa capacité de services de santé en construisant de nouveaux hôpitaux, en produisant des appareils respiratoires nationaux et des kits de test et en participant aux efforts internationaux pour développer la vaccination. Pendant la crise, la Turquie a rapatrié près de 100 000 de ces citoyens de 141 pays. Il a répondu positivement aux appels d’équipement médicaux provenant de 137 pays. Au cas où les autorités ivoiriennes formulent une requête sur cette question, la Turquie reste ouverte pour apporter tout type d'assistance dans le contexte de la crise du covid-19.

LDA : L’offensive diplomatique de la Turquie vers le continent africain est en passe de venir une réalité. Est-ce-que cela a une histoire particulière ?

SEM : Notre « Ouverture à l’Afrique subsaharienne » est le résultat du nouveau programme général de politique étrangère de la Turquie visant à diversifier ses partenaires de politique étrangère et à renouer les relations avec les nations amies. Aujourd'hui, la Turquie a atteint un réseau de missions diplomatiques dans 142 pays avec 233 ambassades et consulats à travers le monde. Naturellement, l'Afrique a été une composante attendue et prioritaire de cette politique. Depuis 2003, le nombre de missions diplomatiques turques sur le continent est passé de 12 à 42. Nous avons créé 26 bureaux commerciaux rattachés à nos ambassades. Notre objectif est d'augmenter le nombre de nos amis en Afrique en développant nos relations politiques, économiques et culturelles bilatérales sur la base du principe gagnant-gagnant. Les représentations de TİKA (Agence turque de coopération et de coordination), de l'Institut Yunus Emre (institut culturel), de la Fondation Maarif (dans le domaine de l'éducation), de l'agence de presse Anadolu et de Turkish Airlines contribuent également à l'avancement de nos relations bilatérales.

LDA : Est-ce-que cela n’est-il pas un retard par rapport à d’autres pays ? Et Qu’est-ce qui peut expliquer ce fait ?

SEM : De nombreux facteurs ont contribué à l'initiative africaine de la Turquie. Je dois dire qu’elle est née de l’interaction entre les forces de changement dans le contexte international et régional, le niveau de développement économique de la Turquie et sa vision renouvelée des affaires internationales, entre autres. Cependant, il convient de rappeler que même avec un nombre limité d'ambassades à l’époque, la Turquie a entretenu des relations diplomatiques avec presque toutes les nations africaines depuis leur indépendance. Par exemple, la Turquie a immédiatement reconnu l’indépendance de la République de Côte d’Ivoire en 1960 et a établi des relations diplomatiques en 1964. Notre Ambassade à Dakar avait été accréditée à Abidjan pour mener nos relations diplomatiques jusqu'en 2009, date à laquelle l’Ambassade de Turquie à Abidjan a été ouverte. Il n’est jamais tard pour développer encore davantage les relations amicales entre les nations. On peut aussi dire qu'il vaut mieux avoir de nouvelles relations libres de tous bagages historiques. Nous sommes prêts pour cela.

LDA : Excellence, Jusqu’où ira cette offensive ?

SEM : La Turquie s'est fixée comme objectif d'ouvrir des ambassades dans tous les pays africains, soit 54 ambassades en Afrique. Les nouvelles ambassades turques au Togo et en Guinée-Bissau seront les prochaines sur la liste. Jusqu'à présent, nous avons organisé deux sommets de partenariat Turquie-Afrique à Istanbul (2008) et à Malabo (2014). Nous prévoyons avec notre partenaire traditionnel, l'Union africaine d’organiser  le troisième sommet.  Malheureusement, depuis mars 2020, les pandémies de Covid-19 dictent au monde son propre programme.

LDA : La Côte d’Ivoire, premier partenaire économique de la Turquie en Afrique subsaharienne francophone. Quel est votre programme pour améliorer vos relations ?

SEM : Comme je l’ai indiqué ci-dessus, la Turquie a établi ses relations diplomatiques avec la République de Côte d’Ivoire en 1964. Notre ambassade à Dakar était accréditée en Côte d’Ivoire jusqu’en 2009, date à laquelle l’Ambassade de Turquie à Abidjan a été ouverte. Grâce aux efforts des deux gouvernements, les relations entre nos pays ont pris un énorme élan depuis les visites présidentielles réciproques de Son Excellence Alassane Ouattara en 2015 et de Son Excellence Recep Tayyip Erdoğan en 2016. Les entrepreneurs turcs sont très intéressés par le développement des relations commerciales et d'investissement avec leurs homologues ivoiriens. La Côte d’Ivoire a été désignée « pays prioritaire » sur le continent africain par notre Ministère du Commerce. Notre volume commercial était en croissance en 2019 avec un volume d'environ 410 millions d'euros. Malgré la crise de Covid-19, il y a au moins 47 % d’augmentation au cours des huit premiers mois de 2020 par rapport à l'année précédente. Cependant, le volume du commerce est en deçà de son potentiel réel. Par conséquent, développer davantage nos relations commerciales et d'investissement est ma priorité absolue. Depuis deux ans, la tendance est à la hausse. En collaboration avec des acteurs économiques ivoiriens et turcs, je m'efforce de l'accélérer.

LDA : Depuis l’installation de votre Ambassade en Côte d’Ivoire, aujourd’hui, quel est le niveau de la coopération entre vos deux pays ?

SEM : Nous avons une coopération prometteuse dans presque tous les domaines. Nous avons de nombreux accords bilatéraux en vigueur, notamment en matière de coopération économique et technique, de commerce, de consultation politique, de formation diplomatique, d'exemption de visa pour les passeports diplomatiques et de services, etc. Cependant, les domaines de coopération entre la Turquie et la Côte d'Ivoire vont au-delà de ces accords et nous essayons de faire en sorte que cette coopération soit bénéfique pour nos deux pays. Nous constatons une augmentation du volume des échanges bilatéraux et des investissements mutuels, avec un nombre croissant de citoyens turcs et ivoiriens se rendant en Côte d’Ivoire et vice-versa. Chaque jour, de plus en plus de patients ivoiriens sont traités dans les hôpitaux turcs. Chaque année, de plus en plus d'étudiants ivoiriens choisissent les universités turques pour poursuivre leurs études et bénéficier des bourses offertes par le gouvernement turc. Je crois que ces contacts humains sont de la plus haute importance pour mieux se connaître et diversifier la coopération existante.

LDA : La Turquie investit beaucoup en Côte d’Ivoire. Peut-on savoir son volume d’investissement ?

SEM : Je suis heureux de constater que les investissements turcs augmentent en Côte d’Ivoire. Le niveau actuel d’investissements des entreprises turques sur le sol ivoirien s'élève à plus de 210 millions de dollars américains. Ils emploient actuellement près de 1 000 Ivoiriens. Nos entrepreneurs ont de bonnes relations de travail avec leurs employés et le personnel local. Cela est conforme à l’approche générale de la Turquie à l’égard des nations africaines. Nous voulons construire nos relations économiques sur le principe du gagnant - gagnant. Le gouvernement turc, comme celui du monde des affaires, sont très sensibles à cela.

LDA : Et quels sont les secteurs d’activité ou votre pays est fortement impliqué ?

SEM : Le profil d'investissement actuel des entreprises turques se concentre sur la construction et les matériaux de construction tels que le béton, les granulats, le ciment, les briquettes et autres. Depuis les années 1990, les constructeurs turcs ont acquis une vaste expérience dans la construction d’ouvrages de qualité de tous types, des logements aux bâtiments gouvernementaux, des entrepôts aux hôtels et aux aéroports. Ils opèrent dans le monde entier, y compris dans de nombreux États africains tels que le Sénégal, le Niger, le Rwanda, le Bénin, le Nigéria et l'Afrique du Sud. Les constructeurs turcs ne présentent actuellement qu'une petite partie de leur immense expérience en Côte d‘Ivoire. Les entreprises turques prospectent pour des investissements dans les petites et moyennes agro-industries. La santé et le tourisme de santé sont d'autres domaines où il existe un énorme potentiel de coopération. La Turquie a beaucoup investi dans le secteur de la santé au cours des deux dernières décennies. Même pendant la crise de Covid-19, nous avons réussi à construire d'immenses hôpitaux en très peu de temps. Nous devons certainement élargir et diversifier nos domaines de coopération. L’environnement, l’énergie, l’approvisionnement en eau, l’éducation, les produits médicaux constituent d'autres domaines probables.

LDA : Excellence, bientôt la Côte d’Ivoire ira aux élections. Quelle est la contribution de votre pays pour qu’elle ait une élection apaisée ?

SEM : Conformément à notre attachement au multilatéralisme et à nos excellentes relations politiques avec la Côte d’ivoire, nous avons contribué au projet PACE du PNUD (Projet d’appui aux élections) pour soutenir le processus électoral concernant les élections présidentielles. Nous attachons beaucoup d’importance pour que les élections se déroulent dans un cadre pacifique, libre et démocratique. Nous souhaitons que les résultats reflètent le libre arbitre du peuple ivoirien. Je tiens à souligner que la paix et la stabilité continues en Côte d’Ivoire sont un atout précieux pour le bien-être des Ivoiriens et pour le développement du pays.

Interview réalisée par Mohamed Compaoré

Auteur:
LDA Journaliste

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