Le directeur de la division de l'Afrique de l'ouest et du centre du ministère des affaires étrangères israelien, Barnéea Hassid Le directeur de la division de l'Afrique de l'ouest et du centre du ministère des affaires étrangères israelien, Barnéea Hassid
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Interview/ Barnea Hassid (Diplomate israélien) : "L'Afrique doit être plus neutre et plus équilibrée à l'égard d'Israël", "Nous et la Côte d'Ivoire..."

Le directeur de la division Afrique de l’Ouest et du Centre du ministère des Affaires étrangères israélien, Barnéa Hassid, effectue une tournée en Afrique en vue de passer en revue les ambassades de son pays pour faire l’état des lieux et échanger avec les autorités dans le cadre du renforcement de la coopération Afrique-Israël. Il était le 6 mars à Abidjan et avant son départ, le 10 pour le Sénégal, le diplomate israélien a évoqué, dans un entretien avec l’AIP, la question de Jérusalem et les grands enjeux de la coopération avec l’Afrique. (Interview)

 

AIP : M. Barnea Hassid, en quoi est-ce que la décision des Etats-Unis de déplacer la capitale israélienne est importante pour Israël ?

Barnea Hassid: Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis toujours, depuis  trois mille ans, depuis le commencement du peuple juif. Pour nous, c’est la capitale indiscutable d’Israël mais suite aux  pressions du monde arabe en 1967…

D’ailleurs en 1967, il y avait quelques dizaine d’ambassades notamment l’ambassade de Côte d’Ivoire qui étaient installées à Jérusalem et suite à la guerre de six jours et aux pressions du monde arabe, tous ont été obligés d’évacuer et d’aller à Tel Aviv et d’abandonner Jérusalem parce que c’est devenu une question géopolitique ou le monde arabe a boycotté Israël et a forcé le groupe de pays amis à Israël à suivre pour ne pas subir les agressions du monde  arabe et là, à contrecœur, tout le monde a quitté Jérusalem. Il n’y avait aucune ambassade durant toutes ces années jusqu’ à cette décision historique  du président américain Donald Trump qui a été impliqué après que beaucoup de présidents américains ont déclaré leur volonté mais n’ont jamais  suivi par un acte. Là, le président Trump est en train d’agir et de transférer l’ambassade américaine  comme il fallait le faire depuis toujours, depuis longtemps et pour nous, bien sûr, c’est une grande déclaration historique parce que c’est une reconnaissance qui devrait se faire depuis longtemps et nous espérons que beaucoup de pays du monde vont suivre et respecter le peuple juif et le peuple israélien et présenter leurs missions diplomatiques à Jérusalem comme il faut le faire entre pays amis et là, il y a déjà  des pays qui commencent à suivre les Américains.

Le Guatemala a déclaré qu’il va faire pareil tout de suite après les Américains, la République tchèque en Europe. Qui sera le prochain pays africain à le faire ? Le premier pays  africain à le faire, moi, j’espère bien que ce sera la Côte d’Ivoire, ce sera un grand signe d’amitié du côté de la Côte d’Ivoire qui est un grand ami d’Israël. Alors on vous encourage à le faire et on croit que tous les pays du monde vont comprendre que la question du statut de Jérusalem en tant que capitale d’Israël n’a rien à voir avec le processus de paix, n’a rien à voir avec les pressions arabes ou musulmanes. C’est quelque chose qui doit aller comme un droit naturel du peuple parce que c’est un peuple respectable qui a le droit de recevoir ces genres de chose.

AIP : Est-ce que la date du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem est déjà précisée ?

Barnéa Hassid : Oui, pour les Américains, c’est au 70ème  anniversaire  d’Israël  qui va avoir lieu au mois de mai prochain, et là, on attend que le président américain vienne en Israël, on espère qu’il viendra pour inaugurer l’ambassade américaine à Jérusalem.

AIP : Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui malgré les négociations et les appels, l’Israël et la Palestine n’arrivent pas toujours à s’entendre ?

Barnéa Hassid : Le problème est que les Palestiniens, malgré tous les appels du Premier ministre israélien au président palestinien de venir négocier directement les accords de paix et de parler de tout ouvertement, refusent de rencontrer le Premier ministre Netanyahu et même l’invitation du Premier ministre israélien de faire cette distance de dix minutes en voiture entre Ramallah ou se trouve Mahmoud Abbas et Jérusalem où se trouve Netanyahu. Peu importe où,  Netanyahu est prêt à venir rencontrer Mahmoud Abbas  à Ramallah. Tous les appels ont été négligés par les Palestiniens qui préfèrent ne pas avancer vers la paix en négociant. Ils préfèrent la politique de la pression internationale sur Israël en allant vers les instances internationales des Nations Unies, en introduisant des résolutions anti israéliennes qui mettent Israël au banc des nations, qui dégradent le statut d’Israël sur la scène internationale et comme ça, ils égratignent le statut d’Israël,  ils pensent l’affaiblir. Mais nous, on dit que cette façon-là va à l’encontre de la paix  parce que cela ne pousse pas les Palestiniens à trouver une solution pacifique à ce conflit-là, parce qu’ils gagnent du terrain sans être obligés d’accepter le fait qu’il y a un Etat juif à côté  de l’Etat palestinien qui doit vivre en paix et en sécurité des deux côtés. Nous pensons que toute la communauté internationale a tort de soutenir ce genre de politique. Ils doivent mener une pression sur les Palestiniens à reprendre la table de négociation et discuter directement avec Israël au lieu de voter massivement à chaque fois que le côté palestinien avec la majorité automatique qu’ils ont dans le monde d’être soutenu par le monde arabe, par différent pays qui votent très facilement contre l’Etat d’Israël et contre la paix et qui ne contribue pas vraiment à trouver des solutions pacifiques à ce conflit-là qui dure déjà depuis très longtemps.

AIP : S’agissant de l’Afrique, que représente ce continent sur la scène internationale pour Israël ?

Barnéa Hassid : Pour Israël, l’Afrique, c’est tout d’abord un continent d’amis. Partout où les Israéliens se promènent en Afrique, ils sont reçu avec une grande chaleur et une grande amitié.

On sait que les Africains ont de l’admiration pour les Israéliens et vice-versa et pour nous, il s’agit de 40 à 35 pays d’Afrique subsaharienne avec lesquels Israël n’a aucun problème. Israël devrait avoir les meilleures relations possibles et nous encourageons toutes les rencontres et développement mutuel et nous voulons vraiment les recevoir à bras ouverts pour discuter et développer ensemble des programmes. Malheureusement dans la politique internationale et la géopolitique, il y a des pressions extérieures qui s’introduisent dans ces relations d’amitié de base et qui les détournent et qui les poussent. On a vu quand il y a eu des relations dans les années 1960. On le voit dans l’union africaine qui refuse à Israël le statut d’observateur quand il accepte de recevoir deux fois par an au sommet des chefs d’Etat africains, le président de l’Autorité palestinienne à faire le discours d’ouverture du sommet des chefs d’Etat sans laisser à Israël le droit de réponse, jamais pendant des années et des années, un discours sur ce conflit-là d’un côté qui insulte encore Israël et qui raconte des histoires sur Israël qui ne sont pas vraies sans laisser à Israël le droit de réponse. Cela est une injustice qui est faite à Israël par ces amis et pour nous, cela nous brise le cœur parce qu’on ne croit pas que c’est ce genre de traitement qu’on se fait entre amis. On appelle les pays africains de changer cette politique et de devenir plus équilibrés et accepter Israël en tant qu’ami et développer les relations directes et aussi les relations dans les instances internationale notamment les Nations Unies quand il y a des résolutions sur la situation au Proche orient.  Il faut adopter une politique plus neutre,  être plus équilibré dans les déclarations. Il ne faut pas placer les critiques sur le côté israélien sans voir exactement qui porte la volonté de paix, qui n’est pas investi de l’autre côté et emmener les Palestiniens à prendre leur responsabilité pour le processus de paix.

AIP : Qu’est-ce qu’Israël attend concrètement de l’Afrique ?

Barnéa Hassid : Nous voulons être amis et se comporter comme amis et nous voulons que l’Afrique se comporte comme un ami et quand on est ami, on se soutient dans le bien et dans le mal et là comme je vous ai décrit tout à l’heure le mal et les injustices que Israël subit sur le plan international. On attend de nos amis de se présenter, de se mettre en avant, de déclarer leur amitié pas seulement par les discours et les rencontres tête-à-tête mais publiquement et voir des actes même s’ils sont parfois difficiles. Si Israël subit une injustice, on attend de voir nos amis se mettre à côté de nous et de faire face à cette injustice. J’ai parlé tout à l’heure de ce qui se passe au Conseil de sécurité des Nations Unies et la Côte d’Ivoire est maintenant membre du Conseil de sécurité et là, elle a une grande occasion, tout le monde la voit, voit son comportement et là, c’est une belle occasion de faire des gestes forts envers Israël pour monter son amitié, pour montrer son impartialité et pour montrer qu’elle suit  je dirais ses idées et qu’elle est présente sur la scène internationale, on en sera très reconnaissant.

Barnea Hassid : Entre Israël et l’Afrique, il y a plusieurs domaines. Vous savez que nous avons commencé comme un pays où il n’y avait rien du tout et nous avons appris à développer des industries et des économies et des savoir-faire dans l’agriculture, dans la santé, des choses auxquelles les Africains sont intéressés aussi. Israël est là, il veut partager son savoir-faire, recevoir des professionnels africains et partager ses connaissances. On reçoit en Israël plusieurs stagiaires qui viennent de tous les pays d’Afrique pour leur apprendre et pour leur faire savoir comment nous on a traité les différents problèmes qu’on a eu, cela peut dans l’agriculture, dans la gestion de l’eau, dans la santé  et dans différentes questions sociétales telles que le statut de la femme, les entreprises. Israël veut être ouvert à travers les ambassades d’Israël dans tous les pays notamment l’ambassade d’Israël en Côte d’Ivoire. Il y a une grande panoplie de propositions de programme de formation en Israël ou bien de faire venir un expert  israélien ici sur le terrain sur des questions précises et sujets  qui intéressent les Ivoiriens. L’ambassade Israël est là pour faire venir et pour monter des programmes de formation et les introduire ici partout dans le pays pas seulement  à Abidjan ou dans les grandes villes mais aussi dans les villages, là où il y a l’institution qui veut les accueillir tels que les écoles, des centres régionaux et des centres de recherche. Les experts israéliens seront prêts à venir et développer ensemble un nouvel avenir pour tout le monde.

AIP : Doit-on s’attendre alors à un engagement de plus en plus fort d’Israël en Afrique et comment va-t-il se faire ?

Barnéa Hassid : Entre amis, il faut faire des échanges au niveau de la politique, au niveau des hommes d’affaires et des grandes foires internationales qui se réunissent en Israël et où les Ivoiriens et amis d’Ivoiriens peuvent venir. Des ministres peuvent venir avec différents plans de coopération pour signer les accords, il faut amplifier les échanges, il faut agrandir les liens entre les deux pays, il faut faire connaître les citoyens des deux pays et s’admirer et construire des programmes, il faut avoir des échanges culturels, il faut envoyer des groupes d’artistes de scène pour faire des spectacles ivoiriens. Vous avez ici Alpha Blondy qui est un grand admirateur d’Israël et qui est venu très souvent en Israël, pas seulement lui, il faut envoyer d’autres artistes en Israël et faire venir des artistes israéliens sur la scène ivoirienne ici comme ça, tout le monde va se connaître, tout le monde va s’unir et on pourra s’unir pour avancer et se rapprocher de plus en plus.

AIP : Israël est-il prêt à s’engager dans les questions de sécurité en Afrique?

Barnéa Hassid : En général, partout quand il y a le terrorisme dans le monde, qui lève sa tête, Israël sera là pour le combattre parce que c’est un fléau mondial dont Israël a été le premier à souffrir et on a beaucoup d’expertise pour combattre le terrorisme. On est prêt à partager notre savoir-faire et on sait que le terrorisme n’est pas un phénomène politique mais c’est quelque chose qui est une maladie de l’humanité qui doit être combattu par tout ou elle existe et là s’il faut faire face au terrorisme en Afrique, Israël est prêt à aider ses amis dans tous les pays africains qui le demande, partager son savoir-faire avec des formations et tout ce qui est nécessaires pour combattre  le terrorisme parce qu’Israël est à la pointe de la guerre contre le terrorisme dans le monde entier.

AIP : Qu’en est-il du sommet Afrique-Israël qui était prévu à Lomé ?

Barnéa Hassid : Ce sommet était destiné à introduire en grande pompe toutes les capacités de coopération entre les pays africains et Israël, on a voulu venir en très grande délégation du côté israélien avec en tête le Premier ministre Benjamin Netanyahu et faire des démonstrations de tout ce qui se fait entre Israël et l’Afrique. Malheureusement, il y a eu des contraintes qui ont empêché la réalisation de ce sommet et nous le regrettons profondément.

AIP : Quels sont ces contraintes ?

Barnéa Hassid : Des contraintes sur le terrain dont je ne veux pas parler mais pour nous, c’était une grande déception !

AIP : Mais, est-ce que ce sommet ne pouvait pas se faire en Côte d’Ivoire surtout que l’ambassadeur résident se trouve en Côte d’Ivoire ?

Barnéa Hassid : C’est une très bonne idée si les autorités ivoiriennes invitent Israël et que la Côte d’Ivoire veut accueillir le sommet, je pense qu’on va l’accepter.

AIP : Quelles sont les nouvelles perspectives de Coopération entre la Côte d’Ivoire et  Israël ?

Barnéa Hassid : Il y a des perspectives économiques. Le monde change, il y a beaucoup de nouveaux domaines d’échange qui peuvent se faire introduire, pas seulement les domaines traditionnels du passé même si aujourd’hui il y a la technologie partout. Il y a la technologie dans l’agriculture, il y a la technologie dans les industries qui sont plus traditionnelles. Aujourd’hui on ne pas faire sans la technologie israélienne. Vous savez, Israël est devenu aujourd’hui une grande industrie automobile, ce qui n’existait pas jusque-là puisque des automobiles deviennent de plus en plus des fabrications informatiques. Aujourd’hui, 80% des voitures, c’est de l’informatique, ce n’est pas la carrosserie et le châssis et autres. En Israël, il y a des dizaines d’entreprises et d’industries qui s’occupent des différents aspects de l’industrie automobile et celui qui est en tête est Mobileye qui a été vendu dernièrement avec une technologie de conduite sans chauffeur et Israël peut l’introduire en Afrique. Ce sont des choses qui sont applicables partout pourquoi pas en Afrique et dès qu’on va trouver des partenaires africains, l’invention, on va la faire.

Auteur:
LDA Journaliste

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