« 6ème région de l’Afrique », c’est ainsi que la Commission de l’Union Africaine qualifie la « diaspora africaine » qu’elle définit comme un ensemble formé « des personnes d’origine africaine vivant hors du continent africain qui, indépendamment de leur citoyenneté et nationalité, ont la volonté de contribuer au développement du continent africain et à la construction de l’Union Africaine ». Après un succès relatif de la deuxième édition du forum Diaspora For Groth, tenu du 2 au février 2015 à Abidjan, Abidjan s’apprête à abriter du 7 au 8 mai de cette année, la première édition des Journées de la diaspora ivoirienne. Une initiative du ministère ivoirien de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'extérieur.
Si la « diaspora » porte en elle une idée d’unité au-delà de l’origine commune, cette définition de l’Union Africaine porte les stigmates d’un élément caractéristique des africains vivants hors du continent africain : le manque d’unité ! Inutile donc d’insister sur les difficultés liées à sa mobilisation ! Il n’empêche que la formule suivante de la première présidente d’origine africaine de l’ONG américaine Africa-America Institute résume l’exaltation autour de la diaspora africaine : L’arme secrète de l’Afrique : La diaspora (Amini Kajunju dans un article publié sur CNN) (a).
A cette vision sélective de la diaspora développée par l’Union Africaine s’oppose une autre vision empruntant une perspective culturelle voire culturaliste (b). Cette dernière, au risque de lui reprocher un essentialisme démesuré, défend l’idée d’une diaspora africaine « comme espace de mobilité, de fluidité et d’hybridité, et non pas seulement comme une conscience communautaire et comme une mémoire de la terre des origines. » (c). Bien que cette acception de la diaspora africaine semble plus large, elle ne lui attribue cependant aucune finalité ultime : une providence portant en elle l’espoir d’un continent tout entier. C’est une vision au travers de laquelle un historien comme Patrick Manning se faisant héritier de la notion d’ « Atlantique noir » défendue par Paul Gilroy confronte plutôt la « diaspora africaine » à son rapport avec son monde d’accueil.
Pour en revenir à la définition de l’Union Africaine, l’expression « … qui ont la volonté de contribuer au développement… » est un élément structurant d’une catégorisation, qui ne dit pas son nom, de cette diaspora africaine : les actifs Versus les passifs ou les Visibles Versus les Invisibles, l’élite Versus la masse, etc. La conception de l’Union Africaine de la diaspora africaine pose aussi la question du statut de la « conscience » de contribuer au développement de son continent d’origine. Devrait-on comprendre que cette « conscience » est présumée innée ? Que fait-on alors pour les africains de l’étranger ou les personnes d’origine africaine sur lesquels pèserait une présomption d’absence de cet état de conscience ? Tous les africains vivant sur le continent l’intègrent-ils ? Et si cet état de conscience était la résultante d’une construction, d’un projet de société clairement défendu et visible, qui devrait le conduire, le porter ? La société civile africaine qui fut la première à mettre en avant le rôle de cette diaspora dans des questions de développement, ou les institutions qui elles possèdent les moyens d’inscrire la question de la diaspora africaine dans leur agenda respectif. La réponse est quelque peu nuancée : il existe une diversité d’initiatives du fait de la diaspora elle-même, mais également des projets institutionnels dont le plus actif est celui de la Banque Mondiale : le Programme de la Diaspora Africaine lancé en septembre 2007. Ces deux types d’actions ont en commun une singularité : elles restent très peu visibles !
Si Amini Kajunju trouve trois implications possibles de la diaspora africaine dans le développement de l’Afrique ((1) stimuler la prospérité du continent, (2) dissiper les mythes sur l’Afrique et aider les politiques étrangères destinées à l’Afrique enfin (3) soutenir et/ou stimuler l’investissement), pour Pierre Abomo Kele elle reste encore engluée dans de telles contradictions (carrière personnelles Versus ambitions pour le continent, entre autres) que le potentiel qu’on lui reconnait reste encore de l’ordre de la fascination voire de l’incantation.
Il n’en demeure pas moins que d’un point de vue économique, cette 6ème région de l’Afrique qu’il est convenu d’appeler le 55ème état africain qui se répartit à raison de 39.16 millions en Amérique du Nord ; 112.65 millions en Amérique Latine ; 13.56 dans les Caraïbes et seulement 3.51 millions en Europe injecte plus de fonds dans certaines économies africaines que l’aide internationale destinée à ces économies. En particulier, certaines statistiques indiquent que le transfert de fonds de la diaspora africaine vers la seule zone de l’Afrique Sub-Saharienne avant la crise financière de la période 2008-2009, est estimé à 20 milliards de dollars. D’autres montrent aussi que « les transferts de fonds des migrants à destination d'un pays comme le Sénégal représentent plus de 90 pourcent du revenu des ménages auxquels ils sont destinés » (David Gakunzi)
Ce qui convient donc de nommer « diaspora africaine », la 6ème région de l’Afrique ou encore 55ème état africain semble ne pas faire consensus d’un point définitionnel voire conceptuel. En dépit de l’importance des flux financiers de cette diaspora, les projets qu’elle initie ou dont elle fait l’objet restent encore fragmentaires pour finir de nous convaincre que cette fois le coche ne sera pas raté.
Ceci reste un point de vue autour duquel nous pouvons échanger toute cette semaine. Bonne semaine et à nos claviers !
Sékykan Anderson
Site d’information pour aller plus loin sur le sujet :
http://www.africatimeforpeace.com/fr/theater.html
http://irea-institut.org/diasporas-migrations.html
http://siteresources.worldbank.org/INTDIASPORA/Resources/AFR_Diaspora_FAQ.pdf
http://edition.cnn.com/2013/11/01/opinion/africas-secret-weapon-diaspora/index.html#cnn-disqus-area
http://www.africatimeforpeace.com/fr/conference_1.html
http://www.laviedesidees.fr/Une-histoire-mondiale-de-la,1242.html
http://www.afrik.com/la-diaspora-africaine-l-avenir-des-communautes-noires
http://aspa.afrik.com/La-jeunesse-africaine-de-l
Auteur: Armand Tanoh