Jadis réputée pour son faible taux de scolarisation de la jeune fille, la région du Boukani (Nord-est) et singulièrement le département de Nassian connaît une nette amélioration de ce taux au fil des années en dépit de quelques pesanteurs socio-culturelles.
Les forces de la scolarisation de la jeune fille
La scolarisation de la jeune fille dans le département de Nassian connaît un véritable essor et les statistiques le démontrent clairement.
Au primaire, au titre de la rentrée scolaire 2014-2015, sur un effectif total de 8 435 élèves à l’inspection de l’enseignement primaire (IEP) de Nassian, l’on dénombre 4 094 filles soit 48, 53% contre 43,24% il y a une dizaine d’années (2004-2005). Cette croissance du taux de scolarisation de la jeune fille dans le département de Nassian est à mettre à l'actif des efforts de sensibilisation des organismes internationaux dans les années 90.
En effet, face à la faiblesse de scolarisation de la jeune fille dans ce département, l’Organisation des nations unies pour l’enfance (UNICEF) et la Banque africaine de développement (BAD) ont financé au cours de l’année scolaire 1999-2000 plusieurs projets visant à promouvoir la scolarisation de la jeune fille.
A cela s’ajoute le programme gouvernemental de distribution gratuite de manuels scolaires aux filles scolarisées et d’autres actions de sensibilisations d’ONG locales.
"Cette campagne intense a permis une scolarisation massive des jeunes filles dans le département et un changement de mentalité des parents", reconnait le conseiller principal d’inspection, Ninsemon Clement.
Les faiblesses
Cependant, cette évolution significative est encore contrariée par certaines pesanteurs culturelles et autres préjugés entretenus depuis longtemps. Dans certains cas, la jeune fille continue d’être considérée comme mariée dès sa naissance. Aussi, n’hésite-t-on pas à faire croire que l’investissement dans la scolarisation de la jeune fille est inutile dans la mesure où celle-ci reviendra dans "son foyer".
En outre, le phénomène de grossesse scolaire, très présent dans le département se présente comme un alibi pour plusieurs parents pour retenir leurs filles à la maison. Aussi, l’une des raisons de la faiblesse de la scolarisation de la jeune fille dans le département de Nassian reste que tous les villages ne sont pas dotés d’écoles, même si des efforts sont faits ces dernières années.
Perspectives
Malgré certaines considérations et préjugés, la scolarisation de la jeune fille dans le département de Nassian connait un essor, car son taux pourrait égaler celui des garçons d’ici à quelques années si les efforts de sensibilisation continuent. Il est de plus en plus question de l’opération "je veux être une autre Kaba Niallé’’ (ministre de l’économie, fille du Bounkani), pour exhorter les jeunes filles elles-mêmes à se consacrer à leurs études.
"Cette opération renforcera notre combat et nous atteindrons un taux de 50% de scolarisation sous peu", a fait remarquer Jérémie Kouadio Yao, président d’une ONG et principal initiateur de l’opération.
Auteur: Armand Tanoh
