Par Erik Solheim, Chef de l'Environnement des Nations Unies
Lors de ma dernière visite en Côte d’Ivoire, alors que j’étais le Ministre Norvégien de l’Environnement et du Développement International, le pays se remettait de la crise. Nous avons vu des corps sans vie gisant dans les rues et rencontré beaucoup de personnes en deuil.
A cette époque, en 2011, les bouleversements politiques perturbaient non seulement la Côte d'Ivoire, mais aussi de nombreux pays à travers le monde. Plusieurs de ces pays sont d’ailleurs toujours en crise alors que la Côte d’Ivoire ne l’est plus. Ceci est un témoignage de la volonté et de l'optimisme des Ivoiriens ainsi que du leadership du Président Ouattara qui ont remis leur pays sur les rails. Le pays dispose désormais d'un des taux de croissance les plus forts dans le monde, et est une locomotive ouest-africaine.
Je suis heureux d’être en visite à nouveau cette semaine, cette fois en tant que Chef de l'ONU Environnement. J’ai vu la Côte d’Ivoire se développer rapidement ces 5 dernières années. Je souhaite voir la Côte d’Ivoire continuer à construire et améliorer son économie dans le long terme. Pour ce faire, le développement économique ne doit pas se faire au détriment de l’environnement. Tout développement non durable ne peut conduire une nation bien loin.
Parce que la question n’est pas celle de la primauté entre l’environnement ou l’économie. Sur le long terme, tout ce qui nuit à l’environnement nuira à l’économie. Pour développer une économie au-delà du court terme, la Côte d’Ivoire aura besoin d’intégrer la nature et le développement d’une manière inclusive.
La Côte d’Ivoire a ici l’immense opportunité de jouer le rôle de leader. Ce pays a une ambition formidable d’être une économie émergente à l’horizon 2020 et sortir un grand nombre de la pauvreté dans le processus. Quel meilleur exemple que de le faire sans pour autant nuire à l’environnement?
L'ONU Environnement continuera d'être un partenaire pour faire que cela se produise. Nous sommes présents à Abidjan depuis 2010 et l'année dernière, nous avons ouvert notre bureau sous régional en Côte d'Ivoire pour nous concentrer sur l’appui aux efforts environnementaux ici en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest.
Nous voyons déjà des exemples prometteurs. Pendant ma visite, j’aiderai au lancement du projet du Parc National du Banco and la ville d’Abidjan. C’est encourageant de voir que le projet Banco
occupe une place élevée dans l’agenda du Gouvernement, tout comme l’amélioration de la gestion des aires protégées en Côte d’ivoire d’une manière générale.
Et il y a beaucoup de domaines de potentiel. Etant un pays côtier et compte tenu de sa position de leader dans la sous-région, je vois une grande opportunité pour la Côte d’Ivoire de prendre les devants dans le domaine de la bonne gouvernance des océans et montrer un exemple des meilleures pratiques à travers l'Afrique afin de montrer un exemple de meilleures pratiques en Afrique.
Bien sûr, les défis auxquels est confrontée la Côte d'Ivoire en tant que pays en phase de reconstruction post conflit, sont importants
Il y a un besoin de construction et de reconstruction de plus d’infrastructures publiques. Pour des infrastructures fiables à long terme qui ne contribuent pas au changement climatique et qui préservent les écosystèmes naturels, le gouvernement et les fournisseurs devront évaluer l’impact des travaux publics sur l’environnement. À court terme, leur coût pourrait s’avérer élevé mais à long terme, les bénéfices sur l’environnement et l’économie sont substantiels.
L'énergie est un autre exemple. Les pays de la région souffrent de pénuries régulières d'électricité, et le manque d'électricité fiable a étouffé l'industrialisation de l'Afrique. La Côte d'Ivoire est l'un des principaux producteurs d'énergie de la région, mais à mesure que le pays se développe, il aura besoin d'une croissance comparable dans la production d'énergie. Fort heureusement, il existe de nombreuses sources fiables d'énergie renouvelable ici, à commencer par le soleil et le vent. Le coût de ce type d'énergie continue de chuter et la Côte d'Ivoire – et l’Afrique dans son ensemble- sont bien placées pour tirer profit de cette tendance.
En effet, le travail sur les énergies renouvelables à travers le continent trouve sa niche ici.
En tant que pays hôte de la Banque Africaine de Développement, la Côte d'Ivoire est aux premières loges de l’Initiative africaine sur l’énergie renouvelable dont la Banque est l’un des administrateurs. Après avoir levé plus de 10 milliards $ grâce au soutien de la communauté internationale, cette initiative vise à installer 10.000 mégawatts d'énergie renouvelable supplémentaire sur le continent d'ici à 2020. Ce qui représente environ 5 fois la production annuelle de la Côte d'Ivoire. L'ONU Environnement continuera de travailler en étroite collaboration avec la Banque sur ce sujet et dans d'autres domaines tels que l'agriculture durable et le changement climatique, au profit de l'ensemble du continent.
Ce travail n’est pas toujours facile mais c’est la solution la plus facile.
La Côte d’Ivoire a démontré sa capacité à se relever de ses difficultés les plus grandes. Il y a 5 ans, soutenir le pays dans sa réhabilitation était une priorité pour moi en tant que Ministre. Aujourd’hui, dans ma nouvelle position de Chef de l’ONU Environnement, j’ai hâte d’apporter mon aide à la Côte d’ivoire dans la consolidation de sa croissance nouvelle et son succès de façon durable.
Erik Solheim
Directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement
Sous-secretaire général de l'ONU chargé des questions d'environnement
Ministre Norvégien de l’Environnement et du Développement International
Auteur: Armand Tanoh
