Reportage express/Côte d’Ivoire-Adjamé(Liberté) : Les bulldozers marchent sur tout, mais la vie continue

 

Les bulldozers de celle qu’on appelle communément en Côte d’Ivoire « Maman Bulldozzer », la ministre ivoirienne de la Salubrité urbaine et de l’Assainissement, Anne Désiré  Ouleto, ont refait surface. Après un long moment d’arrêt, les travaux de déguerpissement et d’assainissement du District d’Abidjan, afin de libérer les espaces publiques occupés de façon anarchique par des commerces et habitations ont repris de belle.  Ces actions s’inscrivent dans  la volonté du gouvernement ivoirien de faire instaurer l’ordre dans les différentes communes de la capitale économique du pays.


Nous  nous sommes rendus les lundi 1er  et mardi 2 août 2016 dans la matinée à Adjamé. Et l’admiration vouée aux machines est relative. Si elles sont applaudies par certaines personnes qui estiment qu’il faut en finir avec le désordre et l’insalubrité, d’autres par contre désavouent cette entreprise du gouvernement de Côte d’Ivoire. Et pourtant, le pays s’apprête dans quelques jours à célébrer sa fête nationale, marquant le 56ème anniversaire de son indépendance. 

Sur le terrain, les baraques aux alentours du bureau de la Compagnie ivoirienne d’Électricité (CIE) et ceux qui jouxtent le Cinéma Liberté (transformé depuis quelques années en un super marché) ont été tous démolis.  A un pas de là, au rond-point où se trouvaient la statue de Félix Houphouët Boigny et que les minicars « gbaka » avaient trouvé transformé en gare de fortune devant le restaurent chez Hassan a été complément rasé. Des travaux ont même débuté sur le site. Il en est ainsi pour les petits commerces installés sur les tables, par terre ou des baraques qui n’ont pas échappé à la furia des bulldozers.  Et ce, jusqu’au niveau de l’Eglise Universelle qui déjà respire d’un bon calme avec la présence des passants et vendeurs ambulants.

Mais avant d’arriver à ce niveau, la station-service Texaco est devenue maintenant la place la plus occupée par les transporteurs. Les minicars de la ligne Adjamé-Yopougon Niangon, Académie, Lièvre rouge, Toit rouges, et autres, ont tous trouvé refuge à cet endroit et n’occupent plus les abords de la route. D’autres ont préféré  garer dans le quartier pour plus de sécurité. Plus loin, les occupants de  Renault, bien que conscients que les machines arriveront à leur niveau, ne semblent  alertés par ce qui se passe de l’autre côté. Chacun, tranquillement, y vaque à ses occupations. Puisque que les machines ne sont pas encore arrivées à leur niveau, ils  continuent d’occuper  la route et sans inquiétude.  Mais pour combien de temps, d’autant plus que les machines avancent lentement vers eux ?  

Pas de négociation

Le constat est clair. Les bulldozers ne sont pas là pour une négociation quelconque. Et c’est un spectacle qui s’offre à tout le monde les victimes comme les passants. Toute personne de passage marque au moins un arrêt pour s’informer de la situation.


«Comment nous allons nous en sortir maintenant », s’inquiète Koné Ali, assistant impuissant à la démolition de son commerce installé depuis 5 ans sur un trottoir non loin de la banque SGBCI. Comme lui,  Sali, qui vend des accessoires de téléphone portables avec son frère, a pu voir une partie de sa vie disparaitre un en rien de temps ce mardi 2 août 2016. Les machines ont détruit ce qu’ils avaient comme commerce, et ils se demandent s’ils pourront trouver une autre place. Mais les bulldozers, eux, continuent leur marche vers d’autres horizons.

Désolation totale… les forces de l’ordre présentes

Aujourd’hui, à Adjamé liberté  CIE, en passant par l’agence SGBCI, c’est le désarroi pour plusieurs commerçants. Tristesse et inquiétude se lisent sur les visages. C’est la désolation totale pour certains qui ne savent plus à quel saint se vouer, quand d’autres semblent résolus à accepter la situation. Le mécontentement est là, mais personne n’ose se manifester. Sinon, ce serait synonyme de défiance face aux forces de l’ordre qui veillent au grain.

 
Les vendeurs ambulants

Malgré tout le  vacarme  créé  par les bruits assourdissants des machines, les petits vendeurs ambulants ne se découragent pas.  Ils continuent de vendre leurs articles sous l’œil vigilant des policiers qui semblent eux aussi ne  pas s’intéresser à ce qu’ils font, tant qu’ils ne s’interposent pas à l’avancée des machines. Ces petits « emmerdeurs » qui déambulent de jour comme nuits à ces endroits sont les plus heureux, puisqu’ils sont mobiles contrairement à ceux qui tiennent des hangars sur place qui sont obligés de quitter.

Rénovation en cours

Après le passage des machines, la route et ses abords sont dégagés. On se rend compte que ce sont les commerces qui occupaient une grande partie de la route et le trottoir devant servir à la circulation des piétons. Il y a désormais assez d’espace pour que chacun circule tranquillement sans se marcher dessus.

Ce qu’il faut ajouter, c’est que les barrières de sécurité en béton placées pour séparer les deux parties de la rue ont commencé à être peintes en blanc, plusieurs autres travaux qui vont avec sont en cours.  C’est vrai que cela ne résoudra pas le problème des occupations anarchiques, mais ces travaux laissent augurer d’un nouveau visage de cette partie de la commune d’Adjamé. Longtemps soumise au désordre des transporteurs et des ordures qui jonchaient ça et là sur la route, la commune commerciale pourra ainsi renouer avec la tranquillité et un beau cadre de vie. 

Daniel Coulibaly

 

 

Auteur:
Armand Tanoh

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