Côte d’Ivoire : Alibougou, ce village où bouviers peulhs se sont reconvertis en de grands producteurs agricoles

 Alibougou est une localité, située à deux kilomètres de Bayana, dans le département de Doropo (Nord-Est, région du Bounkani) dont les habitants estimés à près de 600 âmes sont tous des peulhs éleveurs, mais réputés dans la région pour leurs prouesses agricoles.

Les peulhs sont des peuples traditionnellement connus pour la pratique de l’élevage. Mais à Alibougou, cette institution ne semble pas être la priorité.

Fondé en 1986 par le patriarche Ali, un nomade peulh bouvier en provenance du Burkina Faso, Alibougou s’est au fil des années peuplé de cette communauté.  Mais leur proximité aux voisins lobi et birifor va avoir une incidence prépondérante dans leur quotidien et mode vie. Fascinée par la bravoure agricole des peuples lobi et birifor, cette communauté peulh, dans la quête de sa subsistance, va faire école auprès de ces peuples.

Ainsi, de l’élevage de bovins pour lesquels ils sont naturellement prédestinés, ils vont acquérir les techniques agricoles de base, et opter pour la culture des céréales comme le maïs dont certains auront plus de sept hectares. La maîtrise plus tard de l’usage des houes, dabas et bien d’autres instruments et surtout, leur zone d’implantation étant  également propice à la culture de l’igname, leur permettront d’aborder par imitation chez leur voisins lobi et birifor la culture de ce tubercule. Dès lors, commence le déclic agricole de cette communauté peulh.

Plusieurs champs d’igname de près de 15 hectares sont produits incroyablement et annuellement par les jeunes de cette communauté peulh, faisant ainsi d’Alibougou l’un des villages de forte production de la région du Bounkani.

Les populations de Bayana, de Sansandouo et de bien d’autres localités des environs se disent étonnés d’un tel exploit.  »Aujourd’hui, on peut dire qu’ils sont même plus fort que nous », confesse un cultivateur lobi, Hien Djémité.

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Un aperçu des cases du village de Alibougou ceinturées de cultures de maïs.

Elles ajoutent qu’elles sont surtout étonnées du  fait que ces champs à perte de vue ne sont nullement piétinés par les bœufs du village, alors que dans plusieurs localités du Bounkani, ces bêtes commettent de nombreux dégâts de culture.

Sur ce constat, l’agriculteur-bouvier  Sidibé Harouna du village d’Alibougou, indique que leurs bœufs sont tous dans des parcs à bétail que chaque famille construit loin des champs, d’où leur sérénité à produire de grands champs.

Ce dernier explique, par ailleurs, que l’agriculture leur a permis d’assurer non seulement la survie familiale, mais surtout à avoir une stabilité et une sécurité financière. Leurs produits, igname, maïs et bien d’autres sont acheminés vers Bouna où ils sont prisés par les revendeurs.

« Aujourd’hui, nous avons plus de penchant pour l’agriculture que l’élevage. Mais on ne pourra jamais abandonner l’élevage car c’est l’héritage que nos parents nous ont laissé », a-t-il indiqué.

Dans le mois d’août, des hautes  personnalités de la région, en l’occurrence le Sénateur Noufé Sansan et le président du Conseil régional du Bounkani, Hien Philippe, de passage dans la zone, ont tenu à marquer un arrêt dans ce village pour féliciter cette communauté villageoise pour sa contribution au développement de la région du Bounkani.

Ses habitants qui se démarquent d’une  belle manière des autres communautés peulh, souhaitent une expertise des structures de l’État intervenant dans le domaine agricole telle que l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) en vue d’une meilleure productivité.

Pour l’heure, avec les moyens de bord, Alibougou, village d’agriculteurs peulh continue de fasciner ses hommes, femmes et  filles, prenant au petit matin les sentiers des champs, nouvelle passion au détriment des bœufs « laissés » dans les parcs de familles, pour jouer donc leur part, au quotidien  dans la chaîne de production du vivrier dans le Nord-est de la Côte d’Ivoire.

AIP

Auteur:
LDA Journaliste

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