Man est une ville de chaînes de montagnes qui comprennent des sommets de plus de 1000 m dont le plus culminant est le mont Tonkpi, haut de 1189 m. Ce relief montagneux, tout en contribuant à l’essor du tourisme, sert de tremplin à une frange de la population dont l’activité génératrice de revenus est le concassage de roches. Une incursion dans leur quotidien met en lumière ce travail difficile et également passionnant, qui permet d’éviter la mendicité à des familles.
«Au chantier du quartier Air France présidentiel, nous avons des hommes, des femmes veuves, et autres qui viennent se débrouiller ici pour ne pas mendier. C’est notre métier. J’ai 55 ans et je fais cette activité depuis 30 ans et cela me permet de prendre soin de ma famille », explique dame Madou Kaba, la cinquantaine révolue.
Elle indique qu’avant le concassage de roches, les hommes vont nettoyer autour de la montagne et brûlent un pan à l’aide de fagots et de vieilles tôles. « Et quand il y a des fissures, les hommes tapent avec des marteaux de huit kilos pour dégager les grosses pierres. Et les femmes en prennent chez les hommes et les cassent avec des marteaux de deux à trois kilos pour avoir de petits morceaux jusqu’au gravier », fait-elle savoir en compagnie du sieur Koné Amadou.
Ce dernier a relevé que le chantier est ouvert depuis 1992 et qu’il y travaille depuis l’âge de 15 ans.« Ce métier m’a aidé à avoir mon permis de chauffeur de gros camion. Ma femme est ici également et notre fils qui est classe de troisième vient nous aider durant les congés scolaires », explique-t-il.
Amadou a souligné également que c’est une activité qui nécessite de la rigueur et de l’assiduité. Ma femme et moi, nous prenons souvent des contractuels et ils nous aident dans le travail. Nous prenons quelque fois des élèves durant les vacances scolaires. Ils viennent à 6 h et repartent à 16h. Nous prenons la nourriture en charge et nous les soignons quand ils sont également malades », a-t-il ajouté.
Koné a souligné en compagnie de dame Kaba qu’une brouette de gravier est vendue aux détaillants entre 1500 et 2000 franc CFA. Et le chargement de graviers, pour les gros camions, se vend à hauteur de 170 000 à 200 000 francs CFA.
Toutefois, ils ont relevé que le prix du bois est de plus en plus élevé et que cela réduit considérablement leur part de bénéfice après ce dur labeur. «Deux tas de fagots par moto taxis nous reviennent à 25 000 francs CFA. Tout cela n’est pas facile. Nous n’arrivons pas à avoir des prêts pour mener d’autres activités génératrices de revenus donc on fait avec. Avec le courage, la santé et la foi, ce travail de concasseur aide malgré tout, à régler tranquillement certains problèmes », atteste Amadou qui ambitionne faire également de l’élevage de volaille.
Un peu plus loin sur le sentier, se trouve un groupe de jeunes dont l’un accepte de nous faire partager son expérience. En attente de son résultat de la session 2018 du baccalauréat, il dit s’adonner à cette activité comme contractuel, depuis la classe de sixième, en vue de donner un coup de main à ses parents pour sa scolarisation.
« Pour nous les contractuels, quand tu travailles à fond, tu peux avoir chaque mois 70 000 à 80 000 francs CFA. J’utilise un marteau de cinq kilos pour casser les pierres et c’est un genre de sport pour moi. Au début, j’avais des ampoules au niveau de la paume, j’étais fatigué mais maintenant ça va», soutient fièrement Gonsan Robert, qui encourage ses camarades élèves dont les parents sont financièrement moins nantis, à mener cette activité « pour ne pas toujours tendre la main ».
AIP
Auteur: LDA Journaliste