Abidjan, le mardi 23 décembre 2025(LDA)-Diplômé en management et business à l’Université Paris Est Crétail, Massé Dosso accompagne les entreprises dans leur transformation digitale RH, en développant des outils qui simplifient la gestion et garantissent la conformité réglementaire locale. Dans cet entretien, Massé Dosso, Co-fondateur d'AfricaPaieRH et expert en solutions RH et paie, partage ses 20 ans d’expérience dans la vente de solutions, dont 10 ans spécifiquement dans les solutions RH et 5 ans dédiés à la création d’outils innovants adaptés aux réalités africaines francophones.
LDA-En Afrique, on parle beaucoup d’emploi, d’entrepreneuriat et de croissance. Pourtant, la question de la paie et de la gestion des ressources humaines reste peu connue du grand public. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Massé Dosso : C'est un véritable paradoxe. On parle beaucoup d'emploi et de croissance sur le continent, mais la Paie et la Gestion RH sont malheureusement vues comme des sujets purement techniques, administratifs et internes aux entreprises. Pourquoi, alors cette invisibilité ? On peut identifier plusieurs raisons clés :
- La complexité et l'opacité : la paie est un processus complexe, souvent opaque, qui n'est pas valorisé dans la communication externe des entreprises.
- Le manque de sensibilisation : Le grand public ne réalise pas toujours les enjeux stratégiques de la gestion RH ; on la réduit souvent au simple paiement du salaire.
- Le focus sur l'emploi Informel : Une grande partie de l'emploi en Afrique se trouve dans le secteur informel, où les structures de paie et de RH formelles sont peu structurées.
L'enquête Cacao RH le montre bien : les professionnels RH africains bâtissent un modèle adapté, exigeant et humain, mais ce travail de fond reste trop souvent dans l'ombre. Il est urgent de valoriser cette fonction comme un véritable levier de croissance.
LDA-Sur le terrain, quels sont aujourd’hui les principaux dysfonctionnements observés dans la gestion de la paie au sein des entreprises africaines ?
Massé Dosso : Sur le terrain, les entreprises africaines, notamment francophones, font face à des défis opérationnels qui coûtent cher en temps et en efficacité. Les dysfonctionnements majeurs sont :
- Erreurs fréquentes et risques juridiques : on constate une mauvaise application des barèmes, des erreurs dans les déclarations sociales, et une non-conformité aux législations locales, générant des risques.
- Processus manuels et chronophages : beaucoup d'entreprises gèrent encore la paie via Excel ou des outils non adaptés, ce qui provoque des pertes de temps considérables.
- Manque de digitalisation : seulement 54,5% des entreprises disposent d'un SIRH ou d'un outil digital RH, ce qui limite la fiabilité et la traçabilité.
- Faible formation des managers et RH : plus de la moitié des managers ne sont pas formés aux fondamentaux RH, ce qui affecte directement la qualité de la gestion des équipes.
Ces problèmes entraînent des coûts cachés, des tensions sociales et une perte globale d'efficacité.
LDA-La complexité des cadres réglementaires et la diversité des législations nationales compliquent-elles durablement la structuration de la paie sur le continent ?
Massé Dosso : Oui, absolument, et c'est même un défi de taille. La diversité des législations nationales, souvent en évolution, rend le processus très complexe. Chaque pays a ses spécificités en matière de barèmes, de périodicités, de déclarations sociales, d'avantages en nature, etc. Cette complexité exige une expertise locale pointue, que peu de solutions importées réussissent à maîtriser et une adaptation constante des outils pour rester conforme. Seules quelques solutions logicielles s'appuient justement sur cette expertise locale pour offrir une réponse adaptée aux réalités africaines francophones, ce qui est un avantage décisif face aux solutions génériques.
LDA-Quelles conséquences concrètes ces faiblesses de la paie et de la gestion RH ont-elles pour les entreprises, les travailleurs et les États africains ?
Massé Dosso : Les conséquences sont très concrètes et impactent tout l'écosystème. Elles exposent les entreprises à des risques de pénalités, redressements fiscaux, perdent du temps, subissent des coûts opérationnels élevés, et voient leur marque employeur dégradée. Les travailleurs subissent des retards de paiement, des erreurs sur les bulletins, de l'insécurité sociale et une baisse de motivation et cela complique la collecte des cotisations sociales des états et fragilise le système de protection sociale dans son ensemble. L'enquête Cacao RH est d'ailleurs éloquente : 15 jours par mois peuvent être perdus dans des tâches répétitives sans valeur ajoutée, illustrant bien ce coût caché !
LDA-Plusieurs entreprises utilisent des outils de paie et de SIRH importés. En quoi ces solutions montrent-elles leurs limites face aux réalités africaines ?
Massé Dosso : Les solutions conçues hors du continent peinent à s'imposer car elles ne sont pas taillées pour le contexte local, leurs limites sont claires :
- Non-adaptation aux spécificités locales : elles ne gèrent pas correctement les barèmes salariaux, les périodicités ou les déclarations sociales propres à chaque pays.
- Complexité d’utilisation : leurs interfaces sont souvent peu intuitives et mal adaptées aux profils utilisateurs locaux.
- Coûts élevés : les licences et la maintenance sont fréquemment trop coûteuses pour les PME africaines.
- Manque de support local : Il est difficile d'obtenir un accompagnement réactif et adapté aux réalités du terrain.
La recommandation est donc de chercher une plateforme pensée par et pour l’Afrique francophone, qui propose une ergonomie simple, un accompagnement local et un pricing adapté.
LDA-L’adoption des SIRH progresse en Afrique. Quelles tendances majeures observez-vous aujourd’hui, notamment au niveau des PME et des grandes entreprises ?
Massé Dosso : La digitalisation est clairement en accélération. On observe une dynamique intéressante :
- Progression rapide de la digitalisation : 54,5% des entreprises ont désormais un SIRH ou sont en cours d’implémentation.
- Adoption plus forte dans les grandes entreprises : les PME sont plus lentes à adopter, souvent freinées par les coûts et la complexité perçue.
- Montée en puissance du e-learning : 66% des entreprises utilisent ou déploient désormais la formation en ligne.
- Collaboration accrue entre RH et managers : 84% des entreprises déclarent une collaboration régulière, ce qui est crucial pour la conduite du changement.
L’enquête montre même que les PME de 50 à 199 salariés sont souvent les pionnières dans l’adoption de ces outils digitaux.
LDA-Quels sont les principaux obstacles à la digitalisation de la paie et des RH sur le continent ?
Massé Dosso : Malgré l'intérêt, des freins importants persistent. Le coût perçu des solutions et de leur maintenance est un facteur limitant, une faible culture digitale, une résistance au changement et un manque de formation des équipes. Les outils existants nécessitent un fort besoin d’adaptation locale et Il y a peu d’acteurs locaux capables d’assurer un support continu et efficace.
LDA-La transformation numérique impose de nouvelles compétences. Les professionnels RH africains sont-ils suffisamment préparés à ces mutations ?
Massé Dosso : La fonction RH est en pleine mutation, mais les professionnels eux-mêmes doivent être mieux armés. La formation encore insuffisante : seulement 43,8% des managers sont formés aux fondamentaux RH, et un tiers (33%) seulement à la détection des signaux de mal-être. Il y a un manque de formation en conduite du changement, ce qui est un frein majeur pour l’adoption des outils et de la transformation culturelle. Cela se traduit souvent par une charge mentale élevée. Les RH ressentent souvent une forte pression émotionnelle avec peu de soutien ce qui les oblige à rester dans leur zone de confort, ne pas bouleverser leurs habitudes. Il y a un besoin crucial d'investir dans leur professionnalisation.
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LDA-Selon vous, à quoi devrait ressembler une solution de paie et de SIRH véritablement pensée pour les entreprises africaines ?
Massé Dosso : Une solution efficace pour le marché africain doit être plus qu'un simple logiciel; elle doit être un véritable partenaire. Elle devrait être adaptée aux réalités locales avec une Intégration des barèmes, périodicités et déclarations sociales spécifiques à chaque pays. Simple, intuitive, modulaire, évolutive pour s’adapter facilement aux non-experts, à la taille et aux besoins des entreprises. Il faut offrir un support et une formation continue et prendre la main sur un outil qui a intégré une vision stratégique pour les RH, qu’ils puissent se reposer dessus et servir à la gestion des talents, la conformité et analyser facilement la performance globale.
LDA-Si la paie et la gestion RH étaient pleinement intégrées comme leviers stratégiques, quel impact cela pourrait-il avoir sur l’emploi et la compétitivité des économies africaines à moyen et long terme ?
Massé Dosso : L'intégration stratégique de la Paie et des RH est une clé pour le développement durable du continent, avec des impacts majeurs. Elle améliore la conformité et réduction des risques donc oints de pénalités et meilleure sécurité juridique. L’optimisation des coûts et des processus qui sont un gain de temps, réduction des erreurs et meilleure allocation des ressources. Elle valorisation des talents pour une meilleure expérience collaborateur, fidélisation et développement des compétences. Elle renforce le dialogue social pour climat social apaisé conduit à une meilleure productivité et enfin une croissance économique durable : Des entreprises plus performantes, plus attractives et plus innovantes. L’enquête Cacao RH résume parfaitement l'ambition : les RH africains veulent transformer des vies, pas seulement gérer des ressources. C’est un levier essentiel pour la prospérité du continent.
Entretien réalisé par la Rédaction
Auteur: LDA Journaliste