Côte dIvoire : l’industrie hôtelière en pleine croissance. 1471 hôtels à Abidjan et 177 à San Pedro

Abidjan, le mercredi 26 février 2025(LDA)-« L'industrie touristique est un business en pleine croissance en Côte d’Ivoire, en témoigne le nombre d’hôtels à Abidjan, ces 10 dernières années. On dénombre 1 089 sites touristiques (en 2024), 49 536 chambres, 1 471 hôtels seulement au niveau d’Abidjan, 177 au niveau de San-Pedro. Je parle de ceux qui sont déclarés au Centre de promotion de l’investissement en Côte d’Ivoire (Cepici) et reconnus par le ministère du Tourisme, suivant les catégories (5 étoiles, 4 étoiles, 3 étoiles, 2 étoiles). Elle représente 7,3% du PIB. L'industrie touristique mobilise des capitaux étrangers et crée de l’emploi. La demande est très forte. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui le pays le plus visité en Afrique de l’Ouest », a déclaré Olivier Kouadio Gnamien, chef-cuisinier dans un grand hôtel à Abidjan. Il s'exprimait le samedi 17 août 2024, à l’occasion de la 1ère édition du Talk Business Abidjan autour du thème : « l'information économique au cœur du développement de votre entreprise ».

Chef Gnamien est le président-fondateur de l'association des anciens élèves et étudiants du Lycée hôtelier d'Abidjan et initiateur de la coupe des écoles hôtelières de Côte d’Ivoire. Il est également président au niveau de l'Afrique de l'ouest de l’association des chefs cuisiniers, certifié en Chocolat X culinaire en Chine, lauréat du trophée champion créatif pâtissier. Il intervenait sur le sous thème : « les métiers de l'hôtellerie et le secteur de l'hôtellerie : des atouts de développement économique en Côte d’Ivoire ».

Atout de développement économique

Selon lui, l'hôtellerie est un atout de développement économique pour notre pays. « L'industrie touristique rassemble les métiers de voyage (aéroports, transports terrestres), industrie hôtelière (hébergement) et industrie de loisir (artistes, concerts, événementiels) et le sport (organisation de la Can où l’Etat a fait des investissements importants en infrastructures hôtelières et sportives et encourager des investissements dans ce domaine qui est pourvoyeur d’emplois). « La Côte d'Ivoire est un pays qui a d'énormes atouts touristiques (du Nord au Sud° qui attirent les touristes venant de l'extérieur et favorisent le tourisme domestique (de plus en plus des familles se déplacent pour aller à Assinie, Grand-Lahou, Grand-Béréby, San-Pedro et plus nous avons des installations plus nous pouvons mesurer l'impact de cette activité sur l'économie. Le défi aujourd’hui, ce sont des infrastructures modernes à l'intérieur et un personnel qualifié mais aussi des prestations de qualité », a-t-il soutenu.

« Il existe des métiers d'emplois directs pour ceux qui ont fait l'école d'hôtellerie (CAP, BT, BTS, Bachelor) et des emplois indirects, pour ceux qui ne sont pas passés par une école d'hôtellerie mais qui ont fait des formations comme gestion commerciale, comptabilité et autres. ; Moi j’ai commencé par un CAP en boulangerie-pâtisserie, après j’ai fait un BT Cuisine, puis un BTS en tourisme et hôtellerie, avant d’aller poursuivre mes études à l’extérieur. Et j’ai commencé à travailler comme commis, après chef et aujourd’hui exécutive Chief dans un grand hôtel de la place », explique-t-il.

L'évolution de l’image des acteurs du secteur

A en croire Chef Gnamien, ces métiers n'avaient pas une bonne image par le passé. « Dans les années 60, il était difficile de voir un enfant venir dire à sa famille que moi je suis cuisinier, où encore je travaille dans un hôtel. Ceux qui étaient avant nous avaient honte de dire ce qu’ils faisaient mais aujourd’hui, vu la croissance de cette activité, nous qui sommes venus après, on est fier de dire que nous sommes dans ces métiers », confie-t-il.

Parlant de son expérience personnelle, Chef Gnamien explique que son père le voulait dans les métiers de la finance : « Moi, quand j’étais encore à l’école mon père me disait toujours ‘Olivier, toi tu seras comptable, parce que pour lui, les métiers de la comptabilité et de la finance étaient plus de valorisants. Avant d’ajouter qu’il me disait même que le jour que tu es comptable d’une entreprise, s’il t’arrive de détourner de l’argent, que ce soit un montant très important et non pas une petite somme qui va gâter le nom de la famille », raconte-t-il.

Selon lui, il n’était pas vraiment intéressé par ces métiers de la finance. « J’avais une passion parce que ma maman avait un restaurant et mon rêve était de devenir cuisinier », confie-t-il.
C'est après le décès de son père qu'il s'est inscrit à l'école hôtelière pour suivre une formation en hôtellerie.

« Lorsque j'ai commencé, tous les anciens qu'on rencontrait dans ces métiers avaient honte de parler de leurs métiers. Ils se cachaient derrière leurs fourneaux. Dans les familles, ils étaient gênés de conseiller à un parent daller inscrire son enfant dans ce métier de l’hôtellerie », note-t-il.

Le Chef cuisinier explique que la plupart du temps, c'est lorsque la personne n’a pas réussi à l’université ou sa vie professionnelle qu’il s’oriente vers ces métiers. Mieux dira-il, certains estiment que c’est un métier de femme. « Ce n’est pas pour les hommes et puis c’est un métier de second choix », affirment-t-ils.

Chef Gnamien se réjouit de ce qu'aujourd'hui d'énormes capitaux sont déployés pour ces métiers. « L’industrie hôtelière est un secteur porteur au regard des investissements colossaux dans le domaine. Tous ces grands hôtels que vous voyez, ce nest pas moins de 60 milliards FCFA qui est investi dans ces entreprises. Cest juste titre quil encourage les jeunes à sintéresser à ce métier. « Vous imaginez quelquun venir investir 50 ou 60 milliards FCFA dans une activité et puis les acteurs de ces métiers ne sont pas bien traités ? Ce nest pas possible », a t-il dit.

« Des métiers où on peut réussir sa vie »

Avant d’ajouter « orientez vos enfants vers ces métiers car ce sont des métiers où on peut réussir sa vie. Si vous êtes dans les métiers de l’hôtellerie, vous êtes aujourd’hui recherché, pourvu que vous soyez bons, que vous connaissez votre métier. On vous paye en fonction de vos qualités et pour un besoin que vous arrivez à satisfaire. Mais si vous n’avez pas la capacité de satisfaire les entreprises, on ne peut pas vous payer comme il se doit. En tant que chef de cuisine, je suis bien placé pour parler des conditions salariales d’un travailleur d’hôtel. Je sais quels sont les virements qui sont faits chaque mois sur mon compte (rires), l’argent qu’on peut avoir chaque jour dans les métiers de l’hôtellerie. C’est pourquoi je voudrais vous encourager à orienter vos enfants dans ce secteur-là parce que ce sont des métiers d’avenir. Un métier où on gagne son pain, un métier où on peut gagner sa vie et puis c’est un métier noble comme tous les autres métiers », a-t-il encouragé les parents d’élèves à orienter leurs enfants vers ce secteur. Mieux, dira-t-il, dans l'industrie hôtelière, le métier de l’hôtellerie est le cœur de métier, tous les autres métiers (gestion commerciale, la comptabilité) viennent se greffer autour des métiers de l’hôtellerie qui emploient de nombreuses personnes. « Dans l’hôtel où je travaille, j’ai 56 personnes comme collaborateurs, en termes d’emplois directs. Imaginez le nombre d’hôtels dont je vous ai parlé à Abidjan et partout en Côte d’Ivoire. C’est pour vous dire que ce domaine d’activité est pourvoyeuse d’emplois. Il faut s’orienter et se former, mais aussi investir dans le domaine pour que l’expertise Ivoirienne puisse d’exporter », confie-t-il.

Le défi

A en croire le conférencier, le défi aujourd’hui est que 80% des hôtels en Côte d’Ivoire appartiennent à des non-nationaux, de plus, les managers de premiers plans, les chefs de cuisine, ne sont pas des nationaux, c’est un manque à gagner énorme pour le pays, il importe de renverser la tendance. En plus, il existe beaucoup d’établissements hôteliers mais, ceux -ci n’ont pas toujours une main-d’œuvre qualifiée.

En effet, beaucoup de jeunes ne terminent pas leur cursus scolaire avant d’embrasser le métier, ils le font à temps partiel pour avoir quelques ressources pour financer leurs études.

Le taux d'insertion dans les métiers du tourisme et hôtelleries est estimé à 38% mais cela est dû au fait que beaucoup, même sils sont opérationnels, ne veulent pas travailler tout suite avant de terminer leur BTS. D’autres aussi, après un CAP ou un BT ont des problèmes de financement pour l’auto-emploi.

La bonne nouvelle, c’est que le ministère de la formation professionnelle s’est engagé à relever ce défi et de son côté le ministère du tourisme est en train de travailler sur la réglementation pour mettre de l’ordre dans le secteur. Un Forum international des métiers et des compétences (FIMEC) a été lancé en vue de changer la perception des gens. Il n’existe que trois écoles hôtelières publiques (le lycée hôtelier de la Riviera, le Lycée Mohamed Vi à Yopougon et le lycée professionnel de Yamoussoukro) et quelques écoles privées (à Bassam, à Korhogo et à Abidjan). Le ministère est en train de construire des écoles techniques et professionnelles destinées à la formation des acteurs du secteur. Au niveau supérieur aussi, une vingtaine d'écoles existent qui forment les étudiants en Master.

Auteur: Eugène Yao

LDA Newsletter

Ne ratez rien de l'actualité en continue, soyez aux premières loges des dernières news sur LADIPLOMATIQUE D'ABIDJAN