Côte d’Ivoire-Décentralisation : 23 ans après, deux réalités se dégagent autour de l’effectivité du transfert des compétences aux collectivités locales

Abidjan, le vendredi 29 mai 2026(LDA)-Dans le cadre du projet Ecole Citoyenne d'Engagement Politique (ECEP), le Centre d'Education pour une Société Durable (Centre ESD) a initié un cadre d'échanges, de renforcement de capacités et de partage d'expériences dénommé « Classe ouverte politique ». Pour sa première, un panel a eu lieu autour du thème : « Collectivités territoriales et développement local : cadre normatif et enjeux du transfert effectif des compétences », le jeudi 28 mai 2025, à Abidjan.

L’objectif était de renforcer la compréhension des participants sur le cadre juridique et institutionnel relatif au rôle des collectivités territoriales dans le développement local, ainsi qu'à analyser les facteurs qui favorisent ou entravent le transfert effectif des compétences aux communes et régions du pays.

Selon Dr Aman NGbesso, chef de service à la direction développement local de la Direction générale de la décentralisation et du développement local au ministère de l’Intérieur, la décentralisation est une réalité, car il existe un cadre normatif depuis 2003(23 ans). « Le développement local est une affaire de tous ; ce n’’est pas spécifique aux élus locaux », a-t-il affirmé, précisant que 16 matières (aménagement, santé, hygiène etc) ont été effectivement transférées aux communes et régions, afin d’améliorer les conditions de vie des citoyens ; exceptés trois domaines à savoir la justice, la diplomatie et la défense. « Le transfert de compétences est effectif, mais il y a quelques insuffisances, notamment le manque de décrets et des ressources financières pour accompagner sa mise en œuvre, parce que des domaines transférés, sans ressources financières, c’est une action enrhumée », a reconnu M. NGbesso, exhortant chaque Ivoirien à s’impliquer dans cette volonté de l’Etat à rendre autonomes les communes et régions.

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Pour sa part, Dr Essis Botiagne Marc, enseignant-chercheur en sciences politiques, a souligné que le développement local est une réalité sociologique de gouvernance qui implique la notion de gouvernance locale, comme un enjeu se déclinant sous trois formes à savoir :  le développement économique local, le développement humain local et le développement durable local. « C’est l’inclusion de tous les acteurs pertinents de sorte que déjà dans la planification, dans la mise en œuvre et dans l’évaluation ; toutes les parties prenantes soient prises en compte dans l’optique de conférer à la gestion de la chose publique la légitimité requise au niveau local. » Sur les difficultés, il a relevé l’aspect ontologique et l’aspect performatif. Selon lui, le premier est relatif à l’existant et le second à l’impact. L’enseignant-chercheur en sciences politiques estime que les entraves qui plombent la mise en œuvre effective de la décentralisation sont d’ordre politique, financier et même cognitif (la formation politique). « Si la décentralisation n’est pas effective aujourd’hui, c’est peut-être parce que les populations locales n’ont pas une autre idée de ce à quoi elles ont droit au regard de la loi sur la décentralisation ; si le transfert de compétences a pris du plomb dans l’ail, c’est peut-être parce que les élus locaux n’ont pas une autre idée de leurs responsabilités et de leurs prérogatives au regard du dispositif… », a soutenu Dr Essis Botiagne Marc, ajoutant qu’en termes de littérature ou de documentation sur la décentralisation en Côte d’Ivoire depuis les années 90, il y en a à foison; l’heure est plutôt à l’action. 

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« Nous estimons que la Côte d’Ivoire se développe énormément ; et les pays voisins font face au terrorisme. Pour nous, c’est l’absence de l’Etat dans certains domaines qui fait qu’on a des insuffisances qui permettent à ces extrémistes d’agir. Il est primordial donc de renforcer la compétence des collectivités territoriales ; renforcer leur pouvoir pour gérer les problèmes locaux de sorte que l’Etat central ne soit pas obligé à intervenir… afin que ces collectivités soient plus autonomes », a déclaré Blandine Angbako, directrice exécutive du Centre ESD, rassurant que ce cadre d’échanges sera multiplié avec d’autres thématiques d’intérêt.

Raphaëlle Kouassi, présidente du Centre ESD, a justifié cette initiative par un souci de sensibiliser les citoyens sur des thématiques d’actualité aux enjeux politiques, sociétaux et aux fonctionnements des institutions. « (…) A travers la décentralisation, l’Etat central transfert des pouvoirs, des responsabilités et des ressources aux collectivités territoriales et confère à celles-ci une certaine autonomie. », a-t-elle dit, soulignant que, malgré l’existence d’un cadre normatif, des défis persistent quant à l’effectivité du transfert des compétences aux élus locaux. Pour la présidente du Centre ESD, il urge de rendre plus compétitif les services de proximité, d’accompagner l’urbanisation, de réduire les équilibres entre les localités et de renforcer la confiance dans les institutions publiques à travers des collectivités territoriales efficaces.

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L'ECEP est un programme de formation politique qui entend contribuer au renforcement de la culture démocratique et à la promotion de l'engagement citoyen responsable auprès des jeunes. Les activités de l’ECEP ont débuté en janvier 2026. Cette initiative est portée par le Centre ESD, une organisation à but non lucratif engagée dans la formation politique et I ‘appui à la participation civique des jeunes. Il intervient les domaines de l'éducation citoyenne, la promotion de l'accès au droit, l'appui au dialogue pour la paix et la cohésion sociale et l'éducation aux médias et à l'information.

 

Auteur: DC

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