LDA : Quel est l’objectif visé à travers le programme Entr’Ailes Transmission ?
Nous voulons créer de la visibilité, tout en aidant les filles à déployer leurs ailes ; afin de leur permettre de sortir de leur zone de confort. Les aider à prendre la parole, et surtout à s’exprimer dans une société patriarcale ; dans laquelle les femmes sont généralement stigmatisées. C’est aussi susciter des femmes chorographes dans notre pays qui n’en compte pas assez. Car les femmes doivent raconter leur propre réalité au lieu que cela soit relatée par les hommes.
LDA : Pourquoi le choix de la commune d’Abobo pour ce programme ?
Le choix s’est porté sur Abobo, parce que je suis née et j’ai grandi dans cette commune ; où j’ai fait mes premiers pas dans la danse. Je suis partie après en Europe et j’ai réussi à avoir des connaissances que j’entends transmettre aux plus jeunes que moi intéressés par la danse. Durant cette formation, il y a eu des ateliers de création, master classes, rencontres professionnelles, danses et temps d’échanges ouverts à d’autres danseurs venus d’autres écoles, telle que la compagnie Marie Rose Guiraud.
LDA : Les apprenants étaient au nombre de combien ?
Les danseuses étaient au nombre de 26. La formation a eu lieu à Abobo certes, mais des danseuses sont venues de plusieurs communes d’Abidjan. Il y avait aussi 5 marraines, à savoir Luc Bérenger Hounsa (Beyoncé), Aya Larissa Labarest (La Chinoise Pimentée), Christelle Ehoué (Gros Camion), Lydia Grâce Tano (Zantara) et Bila Fatoumata Yoda. On les appelle marraines, parce qu’elles sont les anciennes et doivent prendre en main le suivi des jeunes en formation. Pendant les trois semaines d’exécution de ce programme, chacune s’occupait de quatre à cinq filles pour aussi se responsabiliser. En termes d’inclusivité, l’accent était mis sur les filles certes, mais des jeunes hommes ont pu participer à un atelier mixte. Également, les jeunes apprenantes ont pu bénéficier de l’expertise de la danseuse espagnole, chercheuse culturelle et pédagogue Inés Sybille Vooduness, artiste invitée dans ce projet à Abidjan.
LDA : D’où vous vient cet amour pour la danse ?
C’est la danse qui m’a choisie. J’ai débuté la danse en 1993 au centre culturel d’Abobo. C’est quelques temps après que j’ai fait la rencontre de Feu Béatrice Kombe, directrice et Chorégraphe de la compagnie « tchétché » que j’intègre en 1997, date de création de la compagnie. On va dire, c’est elle vraiment qui m’a forgée et a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. C’est l’une des premières compagnies composées exclusivement de femmes en danse corporelle en Côte d’Ivoire, et surtout en Afrique. Après, j’ai fait des pays de la sous-région, notamment le Sénégal. Ma vision, c’est qu’il ait de la transmission pour la nouvelle génération, afin de créer un champ chorographique féminin du paysage culturel ivoirien.
LDA : Où vit Nadia Beugré en ce moment ?
Je suis en ce moment entre la France (Montpellier) et Abidjan. Je suis en train de créer un pont entre les deux villes, car c’est ici que je viens faire mes recherches de création, mes immersions ; et essayer d’apporter ma pierre au développement de notre pays.

LDA : Quel message à la jeunesse ivoirienne ?
Dansons, parce que quand on danse ; il y a l’amour, le partage etc. La danse, c’est une énergie, une arme d’expression et surtout comme outil de guérison, d’expression de soi et d’épanouissement personnel. C’est dans cette dynamique que Libr’Arts Côte d’Ivoire accompagne aujourd’hui une nouvelle génération de jeunes danseuses d’Abobo. À travers Entr’Ailes Transmission, il s’agit de créer les conditions pour que ces jeunes femmes puissent développer leurs pratiques, leurs regards et leurs propres récits, tout en rencontrant d’autres artistes et en partageant leurs expériences. Et pour cela, je tiens à dire un grand merci au Fonds Canadien d’Initiatives Locales (FCIL) pour son appui financier dans la mise en œuvre de ce programme.
Entretien réalisé par DC
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