Abidjan, le samedi 13 juin 2026(LDA)-Parmi les nombreuses alliances qui structurent aujourd'hui le Continent africain, peu affichent la solidité et la constance du partenariat solide et de la coopération exemplaire unissant depuis plusieurs décennies déjà, le Maroc et la Côte d'Ivoire. À l'heure où les équilibres régionaux sont bousculés par les crises sécuritaires notamment en Afrique de l’Ouest, les rivalités d'influence et les incertitudes économiques, l'axe Rabat-Yamoussoukro apparaît comme l'un des corridors les plus stables et les plus féconds d'Afrique, tant d’un point de vue économique, que politique et diplomatique.
Cette proximité ne relève ni des aléas circonstanciels, ni de la seule diplomatie protocolaire et formelle. Elle est le résultat d'une convergence de visions portée par les deux anciens Chefs d’Etat, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II et Feu Félix Houphouët- Boigny et amplement consolidée, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le président Ivoirien, Alassane Ouattara. Une vision partagée qui les deux États ont su développer et raffermir, dans le sillage d’une coopération sud-sud dense et fructueuse, avec à la clé une extension aux volets les plus névralgiques, en l’occurrence le développement économique, la stabilité institutionnelle, les questions de paix et de sécurité et surtout, cette volonté conjointe de consolider la position du Continent à l’échelle planétaire et faire entendre sa voix.
Lorsque le Maroc réoriente sa politique étrangère vers l'Afrique en général et celle subsaharienne en particulier au début des années 2000, la Côte d'Ivoire s'est imposée rapidement comme un partenaire incontournable.
Derrière cette donne, des liens séculaires si profonds et étendus non seulement entre les deux Chefs d’Etat, les deux gouvernements et les institutions respectifs des deux pays, mais aussi entre les deux peuples.
De même, et en tant que première économie de l'Union Economique et Monétaire Ouest-africaine (UEMOA), et locomotive démographique et commerciale incontournable de la région, la Côte d’Ivoire offre au Royaume un point d'ancrage stratégique en Afrique de l'Ouest.
Sur le plan diplomatique, la position constante des autorités de Yamoussoukro au sujet de la question du Sahara marocain a beaucoup joué en faveur du raffermissement de ces liens, étant donné que la Côte d’Ivoire continue toujours de défendre la Marocanité du Sahara aussi bien au sein des organisations du système onusien que lors des grands fora et meetings internationaux. Une fidélité inébranlable, dont le Maroc est toujours si sensible et reconnaissant.
En retour, le Royaume ne ménage aucun effort à l’effet de mettre à la disposition de la Côte d'Ivoire tout son savoir-faire et son expertise avérés et reconnus dans plusieurs secteurs clés : banque, assurance, télécommunications, immobilier, énergie, agriculture, grande distribution et formation. Les investissements marocains en terre ivoirienne y sont devenus parmi les plus visibles du Continent, transformant progressivement la coopération politique en véritable intégration économique.
Un partenariat riche et dense, avec comme socle la conclusion de plus d’une centaine d’accords de coopération et de partenariat et qui sert désormais, de modèle à suivre pour les autres pays du Continent.
Cette relation est souvent présentée comme un exemple réussi de coopération Sud-Sud. Pourtant, cette formule largement utilisée masque une réalité plus profonde. Le partenariat Maroco- ivoirien dépasse aujourd'hui la logique traditionnelle de l'aide ou de l'assistanat. Il repose sur une interdépendance mutuelle et croissante où, tout un chacun trouve un intérêt stratégique dans la réussite de l'autre.
L'agriculture illustre parfaitement cette dynamique. Face aux défis du changement climatique, de la pression démographique, et de l’impératif de la sécurité alimentaire voire même, de l’autosuffisance alimentaire, Rabat et Yamoussoukro ont su développer, avec intelligence, des mécanismes de coopération qui associent investissement, échange de connaissance, transfert de compétences et innovation technologique. Dans un Continent où, l'agriculture demeure le principal pourvoyeur d'emplois et de nourriture pour des millions d’âmes, cette collaboration revêt une importance particulière.
Mais la force de cette alliance réside également dans sa dimension humaine et affective. Chaque année, des milliers de jeunes Africains circulent entre les deux pays pour étudier, entreprendre ou travailler. Les universités marocaines accueillent de nombreux étudiants ivoiriens qui constituent désormais un véritable pont entre les deux sociétés. Une diplomatie en velours mais combien, puissante et largement fondée sur les échanges humains plutôt que sur les seuls accords officiels.
Cette proximité se manifeste aussi sur le terrain religieux et spirituels grâce à l’ancrage de la confrérie des Tidjanes en Côte d’Ivoire comme dans plusieurs pays de la zone ouest-africaine, ainsi qu’au rôle de taille que joue en permanence la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains. À travers la formation des imams et la promotion des valeurs et préceptes de l’islam modéré et du juste milieu, les deux pays participent sans faille, à la construction d'un espace de stabilité spirituelle dans une région confrontée à la montée des radicalismes.
Il s’agit en somme, d’un aspect souvent quasi-absent des analyses économiques mais combien essentiel et déterminent pour comprendre la profondeur du lien maroco- ivoirien.
Aujourd'hui, cette alliance acquiert une dimension nouvelle. Alors que l'Afrique de l'Ouest traverse une période de recomposition marquée par les transitions politiques, les tensions sécuritaires et l'affirmation de nouvelles puissances extérieures, le tandem Rabat-Abidjan apparaît comme un facteur de continuité, de stabilité et de prévisibilité.
Plus largement, il incarne une autre manière de penser les relations africaines : moins idéologique, davantage orientée vers des résultats concrets, des investissements, la satisfaction des attentes et aspiration des peuples, ainsi que vers la création de valeur partagée.Dans un continent qui cherche à renforcer son intégration économique tout en affirmant sa souveraineté, ce modèle de partenariat réussi suscite, certes, admiration, mais aussi de plus en plus l'attention.
Certes, des défis à relever et les difficultés à transcender subsistent. Les échanges commerciaux restent encore en deçà du potentiel des deux économies et la coopération industrielle pourrait être davantage développée. Mais l'essentiel est ailleurs. En moins de deux décennies, le Maroc et la Côte d'Ivoire ont démontré qu'une alliance africaine durable pouvait s'appuyer sur des intérêts partagés, une confiance politique et une vision commune du développement et de la co-construction.
À l'heure où l'Afrique cherche ses propres trajectoires et à poser ses empreintes dans un monde en mutation, l'histoire qui s'écrit entre Rabat et Abidjan mérite d'être observée avec attention. Car elle ne raconte pas seulement la relation entre deux pays ou le lien entre deux peuples. Elle dessine peut-être les contours et pose en « soft » les jalons de ce que pourrait être l'Afrique de demain, celle connectée, ambitieuse, pesante sur l’échiquier mondial et maîtresse de son destin.
Par Professeure Reghai Yasmina
Auteur: LDA Journaliste