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Côte d’Ivoire-Blanchiment de capitaux : cinq patrons d'agences de voyages condamnés à cinq ans de prison ferme

Abidjan, le jeudi 18 juin 2026(LDA)-Le procès impliquant cinq agences de voyages dirigées par des ressortissants indiens a franchi une nouvelle étape devant le Pôle pénal économique et financier (PPEF). À l’issue des plaidoyers, le mercredi 17 juin 2026, le procureur de la République a requis cinq ans d’emprisonnement ferme contre chacun des dirigeants poursuivis pour fraude fiscale, infraction à la réglementation des relations financières des États membres de l’UEMOA et blanchiment de capitaux, selon une information relayée par le journaliste ivoirien Fernand Dédeh.

Les sociétés concernées sont Waheguru Travels, Anil Travel Tour Satiguru Services SARL, Metroways Voyages et Tourisme, OMED Travels Tour et Blueberry Travel.

Le ministère public a également demandé au tribunal de condamner solidairement les prévenus à une amende de cinq milliards de FCFA, tandis que les cinq entreprises devraient, selon les réquisitions, s’acquitter solidairement de 65 milliards de FCFA.

Dans son réquisitoire, le procureur de la République a soutenu que les investigations menées avaient révélé des irrégularités importantes dans la déclaration des activités des agences de voyages. Selon lui, les responsables des entreprises avaient déclaré leurs chiffres d’affaires au démarrage de leurs activités, mais les enquêtes ont permis de mettre au jour des flux financiers estimés à plus de 21 milliards de FCFA.

Une partie de ces fonds aurait été transférée à l’Association internationale du transport aérien (IATA), sans que les intéressés n’aient, selon l’accusation, suffisamment expliqué la nature de ces opérations aux autorités compétentes. Le parquet estime également que plusieurs transferts de fonds vers l’étranger ont été effectués entre 2021 et 2022 sans les autorisations requises.

Concernant l’accusation de blanchiment de capitaux, il considère que cette infraction découle notamment des faits de fraude fiscale déjà établis au dossier. « Nous ne voyons que la partie visible de l’iceberg », a affirmé le représentant du ministère public, estimant que tous les éléments des opérations financières réalisées n’ont pas encore été mis au jour, rapporte le journaliste.

Constitué partie civile, l’État de Côte d’Ivoire, représenté par l’Agent judiciaire de l’État, a rappelé avoir saisi le PPEF le 26 décembre 2024 après la découverte présumée d’un système de dissimulation de profits au sein de ces agences de voyages, présentées comme des filiales de groupes à capitaux indiens.

Selon l’avocat de l’État, les entreprises auraient volontairement limité leurs déclarations fiscales aux seules commissions perçues, tout en transférant illicitement des fonds à l’étranger et en tenant une double comptabilité. Selon le journaliste, il a indiqué qu’un redressement fiscal global de plus de 5,8 milliards de FCFA avait été notifié aux sociétés concernées. Considérant que ces pratiques ont causé un important préjudice financier et fiscal à l’État, demandant au tribunal de condamner les prévenus à verser 10 milliards de FCFA à titre de réparation.

« La justice doit être exemplaire. L’intégrité de notre économie n’est pas une option », a plaidé la partie civile.

Face à ces accusations, les avocats des prévenus ont rejeté l’ensemble des charges retenues contre leurs clients.

A en croire aux informations du journaliste, l’un des conseils a dénoncé ce qu’il considère comme un « jugement collectif » visant cinq sociétés distinctes dont les situations devraient, selon lui, être examinées séparément.

 "Les montants enregistrés sur les comptes bancaires des agences correspondent essentiellement aux ventes de billets d’avion et non à leurs bénéfices réels. Elle rappelle que, dans ce secteur d’activité, le chiffre d’affaires déclaré est constitué des commissions perçues sur les ventes", a soutenu la Défense, relayé par le journaliste.  

Selon lui, les avocats ont également contesté les évaluations de l’administration fiscale, estimant que les redressements initiaux étaient excessifs. À titre d’exemple, ils ont indiqué qu’un redressement de plusieurs milliards de FCFA notifié à l’une des sociétés avait été revu à la baisse après recours administratif.

Ils ont par ailleurs souligné que les entreprises étaient à jour de leurs obligations vis-à-vis de l’IATA et ont demandé au tribunal de rejeter la constitution de partie civile de l’État de Côte d’Ivoire.

L’ensemble des conseils de la défense ont adopté la même ligne de défense, contestant aussi bien les accusations de fraude fiscale que celles relatives aux transferts de fonds et au blanchiment de capitaux.

Après avoir entendu les différentes parties, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. La décision du Pôle pénal économique et financier est attendue le 22 juillet 2026.

 

Auteur: OM